Art. Genève [87], IV
3. Registres de la Vénérable Compagnie du rMuin 1725 [129 Lis], p. xcvn. — Sur la suppression du Consensus en 1700 et sur le formulaire de 1725, cf. Vlnlrodaclion de Henri lleycr à son Catalogue [129 bis], p. XL-xLii, xcv sqq.; sur les adoucissements apportés aux formules liturgiques du dogme du péché originel, cf. E. de Budé, J. A. Turrcttini [548], 86-87. Sur l'ensemble de cette évolution, cf. le livre de Georges Goyau, Une Ville-Éijlise : Genève [642].
serait un lourd contresens de prendre pour un ralionaliste, ou un déiste déguisé, Jean-Alphonse Turrettin : il est chrétien, chrétien huguenot; et nous avons vu avec quelle ferveur il exaltait l'œuvre de la Réformation '. Mais ce qui la lui fait chérir, c'est surtout « la liberté spirituelle ). quelle a valu aux âmes 2; et, s'il repousse les dogmes papistes, ce n'est point pour dresser en face d'eux des dogmes ennen^is. Dans un sermon bien significatif, qu'il prononçait dès 1697, ce tout jeune pasteur de vingtcinq ans, après avoir fait, non sans violence, le procès de l'Église romaine, laissait entendre déjà qu'il ne lui reprochait pas tant ses dogmes que son dogmatisme et sa conception autoritaire de la religion; et, se retournant vers ses auditeurs, il les exhortait à ne pas chercher dans leur foi des formules intellectuelles, mais des principes d'action : « Serait-ce un dessein bien digne de la Divinité, leur disait-il, que de proposer simplement aux hommes quelques dogmes abstraits et stériles, et que de vouloir simplement qu'ils crussent, sans être obligés à aucune autre chose?... Au contraire, n'est-ce pas un dessein très digne de la Divinité, très digne de la grandeur de l'Évangile, que de vouloir inspirer aux hommes des sentiments dignes de leur nature, que de vouloir établir entre eux la paix, la tranquillité, la concorde, et, par conséquent, le bonheur, enfm que de vouloir les unir ensemble par le lien de la charité » »? Ce besoin de simplification et de concorde, ce dédain des « dogmes abstraits et stériles « ne feront que s'affirmer davantage chez Turrettin. Ses Pensées sur la religion, qui sont comme son testament spirituel, répandront les mêmes principes d'indilférence dogmatique en des formules plus brèves et déjà plus osées. 11 y dira : « La religion bien entendue se confond avec la loi de la nature ; la religion est une philosophie, la meilleure des philosophies, qui seule nous conduit à la vraie félicité.
1. Cf., plus liaut, dans le chapitre ii, les textes cités p. 43-44.
2. Sermon sur le jubilé de la Réformation de Berne [224], 23.