Cf. lettre à Moultou, du 2 avril 1763, XI
En lisant ou en écoutant les pasteurs, jeunes et vieux, il peut voir apparaître devant lui un christianisme accueillant, qui le rattache aux meilleurs souvenirs de son enfance, lui garantit cette Providence dont il a besoin, présente à son âme éprise de vertu un modèle divin, mais semble satisfaire, en même temps, aux exigences <c philosophiques )) que sa culture parisienne lui a imposées, — a une religion très simple et très sainte, de toutes les religions qui sont sur la terre celle dont la morale est la plus pure et dont la raison se contente le mieux' ». Ainsi, de ces pasteurs qui le condamneront si durement en 1764, il ne lui vient, dix ans plus tôt, qu'un nouveau désir d'être chrétien.
Quelqu'un est là, du reste, qui doit confirmer Jean- Jacques dans ses sentiments et le persuader, par son seid exemple, que la religion de Genève laisse à « la raison » toutes les libertés. C'est un vieillard de soixante-quinze ans, un Français, mais dont le Magnifique Conseil a fait un bourgeois de Genève, et que tous admirent comme « un homme unique », le « respectable », le « vénérable », 0 l'incomparable M. Abauzit- » : « Vous avez vécu comme Socrate, lui dira bientôt Jean-Jacques; mais il mourut par la main de ses concitoyens, et vous êtes chéri des vôtres^ ». C'était. vrai. Si les magistrats avaient montré leur estime au « savant modeste », en le nommant troisième bibliothécaire, la Compagnie des pasteurs avait voulu honorer le chrétien d'élite, en lui offrant une place privilégiée aux offices de Saint-Pierre '\ Mais cet humble chrétien, amoureux de vie cachée, aussi charitable d'esprit que de cœur, est un très libre chrétien ; et 'Voltaire l'appellera « le