Nouvelle Héloïse (V, i), IV
4. Registres de la Compagnie des pasteurs, des 8 et 13 août 1727 [129], S, 343-344 et 348,
patriarche des ariens de Genève i ». Aujourd'hui que nous pouvons juger sa pensée par ses œuvres, elle nous apparaît analogue, pour ne pas dire identique, à la pensée de Rousseau : les formules, plus enveloppées peut-être, ont une allure plus unie et moins provocante; mais la substance est la même. Abauzit le sentira bien, lui qui approuvera toute l'œuvre religieuse de Jean-Jacques, sans excepter les Lettres de la montagne-. A Genève même, il s'était souvenu fort à propos, et non sans esprit, qu'il était un peu sourd, pour ne pas entendre les compliments trop vifs de Jean-Jacques 3; mais cette réserve n'avait pas atténué chez son visiteur un enthousiasme dont la Nouvelle Héloïse nous a gardé l'expression toute frémissante. Aussi serais-je très tenté de croire que Rousseau, dès 1754, a dû chercher dans les œuvres d'Abauzit de nouvelles raisons de l'admirer. Il n'y avait alors d'imprimé que son Essai de la religion naturelle, où la pensée d'Abauzit suit à peu près la môme marche que celle du Vicaire dans la première partie de la Profession, et s'arrête avec la même com.plaisance sur ce qu'il appelle « la religion de l'instinct » et du « sentiment^ ». Mais Abauzit, entre deux dissertations archéologiques, avait composé des opuscules d'un caractère plus délicat, qu"il avait confiés à Moultou, pour les publier après sa mort^. Si, comme c'est vraisemblable, Rousseau en a eu connaissance par Abauzit ou par Moultou, il a dû y retrouver avec plaisir un christianisme à sa mode : de la piété tempérée par de la « raison », et « cotte
1. Lettre à D'Alembert, du 12 octobre 1764 [I2G], XLllI, 344.
2. Lettres de Rousseau à Abauzit, du 9 décembre 1764, XL 181 ; de Moultou à Rousseau, des 30 novembre 1761, 29 juin 1763, octobre 1763, 30 janvier 1765 [27], I, 89, 99, 104, 110, 115-116.
3. Cf. Journal helvétique, d'avril 1767 [.58 B], I, 401; Rousseau luimême fait allusion à cette réserve systématique d'Abauzit, dans sa lettre à Vernes, du 13 octobre 1754, X, 88.
4. L'ouvrage avait paru anonyme dès 1732, dans les Mémoires concernant la théologie et la morale [229] : cL notamment p. 31, 35, 38, 54-55 (textes cités dans mon édition de la Profession [47], 249 et 253).