Lettre àD'Âlembert, l
4. Cf., dans mon édition de la Profession, à la Bibliographie [47J, la note du n° 133 (exemplaire de Marie Huber ayant appartenu à Rousseau).
repris et affirmés. 11 y a longtemps qu'on a signale les points de contact entre la religion de Jean-Jacques et celle de Marie Huber. Peu de temps après VÉmile, Jacob Vernet soutenait déjà que « tout le fond du système religieux » du Vicaire Savoyard « était tiré de la Religion essentielle^ ». Nous pouvons aujourd'hui poursuivre ces rapprochements avec plus de sécurité, puisque nous lisons la signature même et les notes de Rousseau sur un livre de Marie Huber '. Peut-être, du reste, n*a-t-on pas pas encore mis en valeur la plus profonde de ces analogies. Sans doute la Profession de foi doit beaucoup à la Religion essentielle, mais les Lettres de la montagne lui doivent davantage. C'est Marie Huber, qui, avant Jean-Jacques, a montré au protestantisme son originalité et, en quelque sorte, sa mission; c'est elle qui a commencé à lui faire comprendre que, s'il ne représentait pas la pleine liberté de conscience, il se niait lui-même, et substituait au pape catholique une anarchie de papes aussi absolus, mais moins conséquents 3. Le mot d' « hérésie protestante », disait-elle, est un nonsens ^. Il n'y a qu'une seule autorité religieuse, c'est la conscience, à la fois raison, sentiment et volonté, a L'obéissance à la conscience est donc la véritable clef de la connaissance; c'est l'introduction à toute vérité' ».
Si les ministres de Genève résistèrent d'abord avec aigreur à celte doctoresse sans mandat, c'est précisément qu'elle rendait leur ministère inutile et fondait le sacerdoce individuel. Dans le système de Marie Huber la révélation n'est qu'un supplément de la conscience; disons mieux : un miroir où la conscience se reconnaît. Ce ne sont pas les miracles qui confirment « la doctrine
1. Lellres critiques d\in voyageur anglais [318 B], I, 223-227, elles textes de Dutoit-Mambrini, Sayous, etc., cités par E. Hilter [S4j,'lII, 208-210.
2. C'est Texemplaire de VÉlal des âmes séparées des corps, que possède M. Tli. Dufour, et que j'ai cité à la dernière note de la p '^08.