‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 183 sur 241 · Cf. Nouvelle Héloïse (VI, vu), Y, 3o · texte numérisé non relu

Cf. Nouvelle Héloïse (VI, vu), Y, 3o

4. Religion essentielle [242], III, 12, IV, 118-Hl), ol les textes cités dans mon édition de la Profession [47], 433 et 435.

motifs pour le rester, mais l'aura conduit en mémo temps à l'aire un choix dans ce christianisme où il va installer sa pensée. La tolérance intellectuelle et l'incuriosité dogmatique des ministres, les principes libérateurs de Murait et de Marie Huber lui ont fait sentir davantage que <c l'essentiel de la religion ' " écliappait à la théologie, que, dès lors, les arguments antichrétiens des « philosophes » perdaient le meilleur de leur force, et qu'on pouvait secouer leur domination sans être un « fanatique » ou un <( dévot )>.

Le Discours sur Vinégalité, qui parut presque un an après le retour de Genève, ne nous aidera pas à nous figurer ce nouvel état d'esprit. Rousseau a pu faire sur épreuves quelques retouches à son texte; peut-être même avait-il remanié son manuscrit avant de le remettre à Rey; mais l'ensemble de l'œuvre est antérieur de plusieurs mois à sa rentrée dans l'Église nationale ; et l'influence des « philosophes » s'y manifeste plus que celle de Genève. Je reviendrai sur ce second Discours, quand j'essaiei'ai de présenter, dans son ensemble et dans ses principes, le système religieux de Rousseau; mais, si l'on veut demander à ce Discours un témoignage sur les croyances de son auteur à un moment précis de sa vie religieuse, la tâche devient malaisée. D'aucune œuvre de Rousseau l'interprétation n'est moins claire; et l'on peut même douter qu'elle le fût davantage pour l'auteur lui-même. Au premier regard, c'est un écrit purement « philosophique », tout pénétré des théories de Condillac, de Ruffon, de Diderot-, une histoire de l'humanité d'où la conception chrétienne de l'homme est absente; mais n'oublions pas que ce même

i. Confessions, VIII, 279.

2. Cf. l'étude de M. Jean Morel, Becherches sur les sources du « Discours de Vinégalité « [600"'^], 119-198.

ouvrage, Jean-Jacques a cru pouvoir le dédier à une république très chrétienne, comme gage de réconciliation avec elle, et que les pasteurs de Genève, dont léloge remplit une page de cette dédicace, n'ont point trouvé à cet encens un parfum hérétique ^ Si « l'homme jjrimitif » apparaît d'abord dans ce livre avec « cette céleste et majestueuse simplicité dont son auteur l'avait empreint ■^ », c'est-à-dire si Rousseau semble bien le reconstituer d'après ses souvenirs de la Genèse, — quelques pages plus loin, cet « homme primitif » se métamorphose en une brute paisible, sans pensée, sans réflexion, sans autres besoins que des besoins physiques, et se distingue malaisément des animaux u anthropoformes », dont on laisse entendre qu'il est sorti '•'.

Pourtant ces deux visions ne se contrediraient qu'à demi, si nous pouvions nous en fier à Rousseau, quand il déclare que <c l'état de nature n'a peut-être jamais existé «, qu'il Ta décrit « en écartant tous les faits », et que cette description de l'homme primitif n'a qu'une valeur d'hypothèse philosophique, pour nous aider à mieux comprendre, dans l'homme actuel, ses inclinations profondes et les véritables exigences de la vie. « En ajoutant, dit-il, aux écrits de Moïse la foi que leur doit tout philosophe chrétien, il faut nier que, même avant le déluge, les hommes se soient trouvés dans le pur état de nature -). Le Discours ne veut pas être une histoire, mais un système de « raisonnements hypothétiques et conditionnels, plus propres à éclaircir la nature des choses qu'à en montrer la véritable origine * ». Ces déclarations ne sont pas nouvelles. Elles ont déjà servi à Buffon, à Maupertuis ou à Diderot'* : simples précautions oratoires, pour apaiser police

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