Confessions, VIII
222 LA FORMATION RELlOlEUSE DE ROUSSEAU.
Opposé un refus très amical, mais très décidé K Un peu plus tard, il avait paru céder, mais sans hâte. De mois en mois, il remettait son départ, et trouvait, pour se justifier, de nouveaux prétextes -. Était-ce là une revanche de Paris, qui retrouvait auprès de lui toutes ses séductions de jadis? Bien au contraire, comme on va voir; mais des impressions diverses paralysaient son élan de retour. Il alléguera plus tard ^ laccueil peu obligeant que la Genève officielle aurait fait à sa dédicace : la raison est mauvaise, car les remerciements du Conseil furent aussi élogieux et courtois qu'un gouvernement très conservateur pouvait se les permettre '\ Je croirais plutôt que l'installation de Voltaire aux Délices (mars 1755) lui fit craindre un voisinage redoutable et déjà irritante Je croirais surtout que Genève, si puissante qu'elle fût sur son imagination, ne lui parut pas réserver à son génie et à son cœur cette solitude, cette liberté dont ils sentaient le besoin. En partant pour Genève, c'était d'abord Paris qu'il voulait fuir; et, s'il avait dû finalement rentrer dans sa patrie, il ne comptait point s'installer à Genève même, mais dans une campagne du voisinage ". C'est parmi ces incertitudes et ces atermoiements que l'offre de Mme d'Épinay vint l'arracher pour toujours à Paris et brusquer l'inévitable séparation. Depuis le premier Discours, nous l'avons vu, cette fuite se préparait, sans savoir comment se réaliser. Les grandes lignes, l'allure générale et l'orientation de la vie de Jean-Jacques, lui appartiennent bien; mais ce que l'on pourrait appeler la mise en scène lui vient du dehors; et ce sont des occasions fortuites qui produisent chez lui l'explosion des sentiments les plus profonds. C'est Gauffecourt qui avait décidé le départ pour Genève; c'est