Lettre à Vernes du 4 avril 1757, X
Mme d'Épinay qui décida la fuite de Paris et le retour définitif à la paix des champs. « Ah, Madame, lui avait-il dit en contemplant l'Ermitage de la Chevrette, quelle habitation délicieuse! voilà un asile "fait pour moi »l 11 lui avait dit cela quelque temps avant de partir à Genève '; et peut-être dès lors y rêvait il secrètement. En offrant « à son ours » la petite maisonnette réparée et accueillante, Mme d'Épinay répondait à un appel qui se précisait chaque jour dans l'âme de Jean-Jacques. S'il eut quelque hésitation avant daccepter, ce fut de surprise et de scrupule ; mais il ne pouvait plus dire non. Désormais, il vivra solitaire à la campagne, jusqu'au jour où la folie le ramènera vers Paris, pour y défendre la « justice et la vérité », et pour y trouver « la gloire des martyrs - ». « Adieu, Paris, dira-t-il bientôt dans son Emile; nous cherchons l'amour, le bonheur, l'innocence; nous ne serons jamais assez loin de toi'^ ». C'est parce qu'il cherche le « bonheur », 1' « innocence », et, sans le savoir, r (( amour », qu'il se réfugie à l'Ermitage. Il aurait pu ajouter qu'il fuyait Paris pour « chercher Dieu ». 11 Tavait déjà dit à Mme d'Épinay : « Quelquefois, lui avouait-il, au fond de mon cabinet, mes deux poings dans les yeux, je suis de l'avis des philosophes, et je doute; mais, quand le soleil des champs éclaire pour moi la scène merveilleuse de la nature, je retrouve ma foi et mon Dieu '* ». Jean-Jacques « retrouvera son Dieu » en retournant aux champs. Ce retour est encore une « conversion ». La « conversion » de Genève, plus extérieure, plus proprement religieuse ou confessionnelle, est peut-être moins profonde, et moins décisive pour la foi de Jean-Jacques, que le petit déménagement du 9 avril 175G. Ce jour-là, Jean-Jacques s'était décidément rangé parmi « les défenseurs de la cause de Dieu ^ ».