‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 195 sur 241 · Lettres fanatiques, I · texte numérisé non relu

Lettres fanatiques, I

Les raisonnements, dit-il, lorsque nous nous y abandonnons, et que nous en faisons notre principal langage, étouffent les sentiments; et. comme c"est d'un goût corrompu qu'ils proviennent, ils nous corrompent le goût de plus en plus, et nous éloignent de la simplicité où la vérité se trouve; ils nous sortent de nous-mêmes et nous font vivre hors de nous. L'homme simple ignoie lart de raisonner, et celui qui a sa véritable occupation le néglige. Il ne convient quau loisir, qu'à l'état oisif qui nous jette hors de l'humanité, et à une fausse curiosité que le loisir engendre. Il faudrait le laisser à ceux qui sont hommes par la tète, et en qui il opère et manifeste ses merveilles, au peuple des savants, qui font delà science leur capital, et qui, dans l'ivresse qu'elle leur cause, renoncent aux avantages du cœur, qu'ils ne connaissent pas, qui se perdent en eux et qu'ils détruisent dans les autres. Je ne saurais m'empéchor de regarder ces gens -là comme les auteurs d'une des sources de l'égarement et de la folie des hommes.... Leur science consiste dans mille et mille choses frivoles, dans des inutilités sans nombre, dont ils s'occupent et qu'ils traitent en choses importantes, dans un ramas de faits et d'opinions qui ne mènent à rien, dans des raisonnements qu'ils font pour établir l'art de raisonner, comme les écoliers grimpent pour faire savoir qu'ils savent grimper.... Imbibés, comme ils sont, de ce qui est étranger à l'homme, il les faut comme déteindre de leur science, avant de pouvoir les faire revenir à l'état de nature, où Ihomme doit se trouver, et leur faire recevoir la vérité simple et familière qui en fait l'ornement '.

On dira peut-être que Murait comme Turrettin, le mystique bernois comme le pasteur de Genève, parlent ici en patriotes, qui redoutent pour leur pays la civilisation française, et que leurs discours trahissent les défiances ou les rancunes d'une l'usticité trop helvétique contre les élégants sophistes de Paris 2; mais c'est à Paris aussi qu'à la même époque on entend ces mêmes propos anti-intellec-

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