Pensées, § 82 [162], II
bien loin d'orner l'homme, ne l'ont que le rendre hideux,... cette science, ignorée des savants, est celle qui met le prix aux choses, à quoi il faut toujours revenir, comme à la science de l'homme ■>■>. « Au lieu de chercher à savoir le prix des choses, dit-il encore à la page suivante, les savants ne cherchent qu'à savoir, à savoir beaucoup, à tout savoir * «. Mettre le prix aux choses, voil;i, ^l'iiiMc-t-il, le mot décisiC lâché, celui que Murait a répét('' sans l'dàche-, et qui fait de lui comme un intermédiaire entre Pascal 'et Rousseau. Ce que le Vicaire Savoyard voudra « chercher à savoir », c'est aussi a le sort de l'homme et le vrai prix de la vie 3 »; et c'est ce qu'avant lui ou autour de lui, d'autres moralistes avaient cherché, qui ne désiraient pas tant comprendre qu'agir, et « connaître » que « jouir'' ». Pour eux, l'homme a une tâche à remplir, un bonheur à. goûter, et, pour tout dire, une vie à vivre; c'est cette tâche qui conditionne sa science, c'est ce bonheur qui doit le guider dans ses recherches : « Nous ne sommes pas dans ce monde en situation de devenir savants; ce n'est pas là notre tyche ^ ». « Bien connaître notre tâche », voilà la science par excellence, celle qui donne la clef des autres " : elles ne prennent une valeur que dans la mesure où « elles contribuent à nous faire faire la tâche pour laquelle nous sommes mis au monde "^ ». Des poètes, comme Jean-Baptiste Rousseau, ou des naturalistes, comme Charles Bonnet, se rencontrent pour proclamer ce que l'on pourrait appeler, d'un terme trop moderne peut-être, le primat de l'action. « Soyons ce que nous devons être », dit lun*^; « vous êtes appelés à agir, dit l'autre; agissez