Entretiens
nous nous contentons d'une simple probabilité, lorsque nous ne pouvons obtenir qu'une probabilité, et que ce degré de connaissance suffît pour régler nos intérêts dans' ce monde i ».
Ceux qui parlent ainsi ne sont pas des poètes, des mystiques ou des misanthropes, qui calomnient à peu de frais la raison humaine, ce sont des savants, et qui travaillent, et qui découvrent, et qui se servent de leur raison aussi droitement et adroitement que quiconque. Leur témoignage n'en est que plus précieux; ils représentent des centaines et des centaines de lecteurs, d'ailleurs très rassis et très positifs, pour qui la vie et ses exigences priment tout. Comme savants, qui opèrent sur les données de l'expérience, ils pourront être des rationalistes impénitents, se livrer même à des hypothèses aventureuses ; mais, s'ils en viennent à vouloir s'expliquer l'univers et la vie, un scepticisme intellectuel les prend; et ce n'est plus à la raison qu'ils demandent une réponse. Ils restent devant les systèmes philosophiques avec une ironie défiante; et, s'il faut, somme toute, qu'ils se décident, puisque la vie le réclame, c'est à la vie même qu'ils demandent conseil. D'un point de vue purement rationnel, disait encore Maupertuis, qui fut président de l'académie des sciences de Berlin, toutes les philosophies et toutes les religions sont inintelligibles; tous les systèmes aboutissent à l'absurde. « Plus on y pensera, plus on sera forcé d'avouer que Dieu, la nature et l'homme sont des objets qui passent toutes nos idées et toutes les forces de notre esprit. Ne pouvant admettre pour juge sur ces matières une raison si peu capable de les comprendre, n'y a-t-il donc point quelque autre moyen par lequel nous puissions découvrir la vérité »? Et à la question ainsi posée, Maupertuis n'hésite pas à répondre : « Il est un principe dans la nature, plus universel encore que ce qu'on appelle la lumière naturelle... : c'est le désir d'être heureux.