Enlendemcnl humain, Avant-propos, § 5 [i
La PREPARATION DU ROUSSEAUISME RELIGIEUX. 233
Sera-ce un paradoxe de dire que c'est de ce principe que nous devons tirer les règles dé conduite que nous devons observer, et que c'est par lui que nous devons reconnaître les vérités qu'il faut croire ' »?
Cet utilitarisme « pragniatiste », pour l'appeler d'un nom qui le déforme légèrement peut-être, mais qui nous le rend plus familier, implique une conception de la vérité, qui n'est plus la conception cartésienne, strictement rationaliste. « On convient généralement, dit l'Anglais Hutcheson, qu'il n'y a de vérités importantes que celles qui contribuent à nous rendre heureux ^ ». De même, dans le discernement de la vérité, il n'y a de signes « importants », et décisifs pour l'intelligence, que ceux qui répondent à ses besoins et qui portent avec eux cette bienfaisante lumière intérieure qu'on appelle assentiment. Ces mêmes esprits, que nous avons vu placer le but de la vie, non dans la connaissance, mais dans l'action, s'ils désirent « connaître » et « savoir », ne s'embarrasseront point de scrupules cartésiens, car ils admettent que l'évidence des « notions claires et distinctes » n'est pas la seule, ou encore qu'il y a d'autres certitudes, d'autres vérités, que les certitudes et les vérités d'évidence. Des philosophes aussi différents que Leclerc, le P. Buffîer et l'abbé de Lignac s'accordent à juger insuffisante la règle cartésienne^, ou, du moins, à ne l'admettre comme valable que « dans les choses pour la connaissance desquelles la raison nous a été donnée* »; c'est dire qu'aux évidences purement intellectuelles, il convient d'ajouter des évidences sensibles, des évidences de nécessité ou de besoin, si l'on peut ainsi parler, évidences qui, pratiquement, gardent la même valeur. « Si par évident, écrit Pluche dans une page très importante, où il essaie de prouver