Leclerc, Entretiens
l'insuffisance de la méthode cartésienne, nous entendons un objet clairement conçu, comme sont les axiomes et les vérités conséquentes, que l'on démontre en géométrie, nous ne tenons rien avec un tel principe, parce qu'il faut nous résoudre à une façon de savoir moins suivie, et nous contenter de bien des connaissances qui ne sont pas, à beaucoup près, de cette clarté. Mais, si, par évident, nous entendons ce qui nous est suffisamment certifié et attesté, quoique nous ne le concevions pas toujours clairement, le principe alors n'est point nouveau; et il n'en est que meilleur, puisque c'est la règle du i»on sens et la maxime de tous les temps. Prenons l'homme tel qu'il est; et... voyons, de bonne foi, ce qui a toujours suffi à l'homme pour se conduire raisonnablement, et de quelle sorte d'évidence nous devons nous contenter. Ce sera, sans doute, de celle qui a été justifiée par le succès ». Et, après avoir montré que nous arrivons aussi à la vérité, <( soit par la simple appréhension du sens commun », soit « par un sentiment intérieur dont nous sommes insurmontablement pénétrés », soit « par le rapport uniforme de nos sens », il concluait : « Nous avons donc des lumières de plusieurs sortes, et rien n'empêche que nous ne donnions le nom d'évidence, si nous le jugeons à propos, à toutes les espèces de connaissances que nous acquérons* ».
Cette conception, toute pratique, d'une vérité qui se « justifie par le succès », entraîne avec elle une méthode de recherche; et d'abord, elle suppose que la vérité ne peut pas ne pas être trouvée, du moins « notre' vérité », celle qui nous est nécessaire pour vivre. Ce n'est pas Pluche ou Jean-Jacques, qui accepteraient, comme Descàrtes, de laisser en dehors de leur enquête les devoirs quotidiens, la morale, la religion, c'est-à-dire tout ce qui