‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 203 sur 241 · Révision de V « llisloirr du rid .. [24!l · texte numérisé non relu

Révision de V « llisloirr du rid .. [24!l

(( met le prix aux choses », et de demeurer paisiblement dans ce doute durant plusieurs années. « Le doute sur les choses qu'il nous importe de connaître est un état trop violent pour leur esprit »; la question que leur a posée la vie « les intéresse de trop près », pour qu'ils n'aient point hâte d'être fixés, et heureusement fixés i. Ce désir même est, à lui seul, une indication essentielle, et doit déjà nous insinuer la réponse. La volonté d'être heureux dépasse les données purement intellectuelles du problème, et nous l'ait adhérer à ce que réclament nos besoins profonds. En ce sens, on peut bien dire que « la volonté est l'origine du vrai ou du faux^ ». Le plus souvent, nous n'en avons pas conscience. Nous allons au-devant de la vérité avec tout notre être, avec notre intelligence comme avec nos désirs; mais parfois nous nous avouons à nous-mêmes que nous ne désirons pas tant trouver la vérité que la vérité telle que nous la désirons. <c Quand encore, disait le physicien Jean Ray, membre de la société royale de Londres, la croyance en Dieu serait fausse, nous en tirerions toujours quelque avantage, puisqu'elle nous entretiendrait dans l'espérance agréable d'une éternité bienheureuse, dont nous ne seiMons jamais détrompés, au cas que notre mort fût éternelle* ». Cette indifférence à la vérité vraie atteindra bon nombre d'esprits avant Rousseau, qui, luimême, s'y résignera sans hésitation. Consultons, dira-t-il, la lumière intérieure. Si elle me trompe, au moins mon erreur « se rapportera mieux à ma nature^ ». [/erreur est donc justifiée, si elle est « agréable » et profitable : « Que nous importe, disait l'abbé de Saint-Pierre avec une

1. Formey, Examen de V « Histoire naturelle de la religion », de Hume [307], 179. Cf. Profession de foi [47], 51 et note 3.

2. Marie Huber, Le inonde fou préféré mi monde sage [2.33], I, 204.

3. L'existence et la sagesse de Dieu [lOS""'], 479. Ce sont les dernières lignes du livre, et elles servent de commentaire à un argument identique de l'évéquc de Chester dans son discours sur la religion naturelle. Même théorie dans le Spectateur [199], II, 356.

4. Profession de foi (rédactions manuscrites) [47], 6i et note 2.

audace tranquille, de la vérité ou de la fausseté des différents raisonnements, s'ils sont également inutiles à l'augmentation de notre bonheur ^ ». Le subtil Berkeley ne pensait pas différemment, s'il l'exprimait moins cyniquement : « Avant de vous donner la peine de produire vos preuves, disait-il à son contradicteur, je serais charmé de savoir si les notions de votre philosophie sont dignes d'être prouvées, je veux dire si elles sont utiles et avantageuses au genre humain ». Vainement son contradicteur lui faisait remarquer que « l'utilité est une chose et la vérité une autre ^ » ; pour ces esprits, dont la première question, en~ face d'une idée ou d'un raisonnement, est toujours : « à quoi sert-il? que nous importe qu'elle soit ou ne soit pas^ », — il ne saurait y avoir de vérité qui fût nuisible aux hommes^, de vérité triste ou décourageante. La vérité porte en soi sa lumière, ses consolations, son profit.

Pour éviter de trouver en conflit la vérité et l'utilité, c'est-à-dire, la vérité et nos désirs, il suffit de s'en remettre au désir pour discerner la vérité. Qu'ils l'appellent conscience, instinct, sentiment, c'est toujours aux désirs du cœur que tous ces utilitaires réservent le dictamen suprême. Sans doute, beaucoup de ceux qui se sont tournés d'abord vers la conscience comme vers le juge infaillible de la vie intérieure, l'ont identifiée avec la raison. Catholiques ou protestants, un P. Lami, un Abbadie, un Barbeyrac, un Clarke, un Formey, un Vernet, ils semblent ne voir dans les affirmations de la conscience ({ue « la raison même, en tant qu'elle s'applique à la

1. Projet pour rendre les sermons plus uliles, texte iuédil, ap. Drouliet [614], 311.

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