‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 205 sur 241 · Principes du droit naturel · texte numérisé non relu

Principes du droit naturel

garantie de vérité ^ Ainsi, quand le Vicaire Savoyard entonnera ce cantique triomphal : « conscience, conscience, instinct divin, immortelle et céleste voix, juge infaillible du bien et du maP ", — il mettra peut-être à son acte de foi plus d'émotion, et surtout plus d'art, que ses prédécesseurs, mais non plus de confiance.

Cette invocation à la conscience se perd, en quelque sorte, dans l'immense invocation au sentiment qui retentit alors à travers toute la littérature : « Lumière divine, guide sûr et éclairé, doux lien des coeurs, sentiment, que n'ai-je plus tôt connu tes charmes )>! Ainsi parle, ou chante, en 1750, un obscur romancier ^, dont l'ouvrage porte un titre symbolique : Le triomphe du sentiinenl. Partout, en effet, «le sentiment triomphe »; et il y a longtemps déjà qu'un observateur attentif pouvait prédire sa victoire. Dès 1719, un critique aussi peu sentimental que l'abbé Du Bos faisait au sentiment, dans la vie de l'esprit, une place où il le proclamait souverain, et où il ne permettait à la raison de raisonner que pour justifier les verdicts du sentiment. « On ne s'abuse point, disait-il, sur les vérités qui tombent sous le sentiment, comme on se trompe sur les vérités où l'on ne saurait parvenir que par voie du raisonnement.... Les hommes naissent convaincus que tout argument qui tend à leur persuader, par voie de raisonnement, le contraire de ce qu'ils sentent, ne saurait être qu'un sophisme * ». Si ces maximes ont cours en critique, — et le succès de l'abbé Du Bos en témoigne ^ — elles s'insinueront surtout dans « la science des mœurs, qui est, de sa nature, une science de sentiment », où il ne s'agit pas tant de « démontrer », et même de « plaire »,

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