‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 206 sur 241 · G. de Bibiena, Le Triomphe du sentiment [275], II · texte numérisé non relu

G. de Bibiena, Le Triomphe du sentiment [275], II

4. Réflexions critiques, II, 22 et 34 [2021, II, 224-225, 494-496.

5. Cf., sur ce sujet, le livre d'A. Lombard [633], 195, 225-226, 314- 315; et, d'un point de vue plus général, sur cette épidémie sentimentale (jui sévit au milieu du xviii" siècle, le livre de D. Mornet 625 bis], passim, et notamment 91-126 : « les délices du sentiment »,

que de « toucher ^ ». Mais, pour les âmes sensibles, cette « science des mœurs » ne saurait s'arrêter aux « mœurs » proprement dites: elle se prolonge par quelques grandes idées, devant lesquelles le sentiment ne demande qu'à ressaisir son droit d'affirmer. S'en remettre à la conscience pour poser les principes immuables du juste, c'est s'engager implicitement à reconnaître les autres postulats qu'elle entraîne après soi. Les défenseurs de la conscience sont aussi les défenseurs de « la cause de Dieu- », et par les mêmes moyens. « N'entassons point, disait un ami de Rousseau, — le philosophe Toussaint, dont le livre fut longtemps célèbre, — n'entassons point à ce sujet preuves sur preuves; les vérités de sentiment n'ont besoin pour convaincre que d'être présentées-* ».

Il avait raison : l'existence de Dieu est par excellence une << vérité de sentiment », celle vers qui toutes les autres convergent pour se faire confirmer. Le cœur, d'élan en élan, réclame un garant suprême, et ne demande qu'à croire en lui : « Mon fds, dira le Vicaire Savoyard à son disciple^, tenez votre àme en état de désirer toujours qu'il y ait un Dieu, et vous n'en douterez jamais ». Clarke avait déjà consacré les premières pages de son Traité à prouver que «< l'existence de Dieu est une chose désirable, et qu'il n'y a point d'homme sage qui n'en dût être ravi pour le bien et la félicité commune du genre humain "' ». 11 ne s'agit pas ici d'un dieu théorique et lointain, à la façon d'Épicure, mais du Dieu-Providence, qu'aurait dû invoquer Brutus aux champs de Philippes et qui garantit la parole intérieure : c( Sois juste et tu seras heureux ». Depuis longtemps les moralistes chrétiens avaient célébré ce Dieu de l'immortalité réparatrice, qui réserve une revanche « au juste opprimé"' ». Mais si, pour Rousseau, c'est la « pros-

Page 1