‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 208 sur 241 · Alciphron, V, 4, 26 [237], I · texte numérisé non relu

Alciphron, V, 4, 26 [237], I

La religion de J. J. Rousseau. — I. 16

publiquement «les avantages que l'établissement du christianisme a procurés au genre humain », et montrait <> tout ce que lui doivent les hommes et les sociétés ' ». Le discours de Turgot passait inaperçu, mais Montesquieu l'avait résumé d'avance dans une brève formule : « Chose admirable! disait-il. La religion chrétienne qui ne semble avoir d'objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci 2. » Ce mot, qui renferme, à lui seul, toute une apologétique, dont nous verrons la fortune jusqu'à la fin du xviir- siècle, et qui s'étalera encore sur la couverture de la première édition du Génie du christianisme, résumait lui-même danciennes apologies, qui n'avaient cessé d'être goûtées. « On a souvent insisté, disait Silhouette, dans la préface de son adaptation française de Warburton, sur l'utilité de la religion i)our le bonheur de la société civile; et ce sujet est si rebattu que c'est désormais un lieu commun )>. « On fait donc ici, ajoutait-il, quelque chose de plus; on ne prouve pas seulement qu'elle est utile, on prouve encore qu'elle est nécessaire "' ». Depuis que Bayle avait posé le problème de savoir ce qu'il valait mieux pour un peuple, de l'athéisme ou de la superstition, la controverse n'avait guère cessé; et la plupart de ceux qui se piquaient d'être des politiques, n'avaient point répondu dans le sens de Bayle ^ Ils se

1. Premier discours de 1750 [125 bis], I, 194-214. Si l'on en croyait M. G. Noël, Mme de Graffigny [637], p. xv et 267-269, l'un des deux et peut-être même les deux discours de Turgot aux sorboniques de 1750 auraient été composés par un jésuite, le P. Martel. Mais les intéressantes lettres qu'il publie prouveraient seulement que le P. Martel est Fauteur de la rédaction latine, et seulement pour le discours de sortie (p. 268). Du premier discours — celui même que j'utilise ici, — les archives du château de Lantheuil gardent encore plusieurs canevas (cf. édit. G. Schelle [123 bis], I, 194 note); et, d'ailleurs, si le ton en est peut-être de commande, l'esprit en est bien conforme à ce que Turgot écrivait, pour son compte personnel, vers le même temps.

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