Esprit des lois, XXIV, :] [268J, V
3. Union de la religion, de la morale et de la politique [257], I, 3.
4. Bayle, Pensées sur la comèle, etc. [169], 103 et suiv., 171, 178. Cf. Profession de foi [47 451-45.'), et les te.xtes cités on note.
LA PREPARATIOX DU ROUSSEAUISME RELIGIEUX. 243
refusaient à chercher dans l'abstrait s'il était plus injurieux à la Divinité de n'en point penser ou d'en mal penser ' ; et ils disaient avec Montesquieu : « La question n'est pas de savoir s'il vaudrait mieux qu'un certain homme ou un certain peuple n'eût point de religion que d'abuser de celle qu'il a, mais de savoir quel est le moindre mal, que l'on abuse quelqvieiois de la religion, ou qu'il n'y en ait point du tout parmi les hommes^ ». Les vrais « amis des hommes » entendaient ne point s'élever plus haut, et adoptaient ce point de vue strictement utilitaire : « Un prince indifférent sur la religion, écrivait le marquis de Mirabeau quelques années avant V Emile, creuse au-dessous de son trône une mine, qui, quelque jour, n'y laissera qu'un monceau de ruines.... Je demande si, parmi ces petits éclairs d'anli-prophètes, il en est un seul qui veuille soutenir, de sang-froid, que la société en serait plus heureuse, si l'on ôtait ce frein à toute l'humanité en général.... Je ne crois pas, quelque ingénieux que puisse paraître ce démonstrateur, que personne soit tenté de le prier de réformer la république et de la peupler de ses prosélytes... Tout le reste conviendra qu'il faut une religion au peuple, et à tout ce qui pense en vulgaire, de quelque rang qu'il puisse être 3 ».
Ce besoin de la religion, et plus spécialement du christianisme, pour assurer la permanence du lien social et la conservation de l'État, paraît alors à certains esprits si incontestable, que ceux-là même qui sont intellectuellement libérés de la religion nationale, considèrent pourtant comme un devoir civique de la pratiquer. Avant que le Vicaire Savoyard eût conseillé à son disciple do (c reprendre la religion de ses pères », d'autres avaient déjà déclaré que « solliciter quelqu'un de quitter celle où il est né, c'est le solliciter de mal faire, et par conséquent