Essai de philosophie morale, VIT
faisant accepter par les esprits, elles préparent leur retour au christianisme intégral, et, sur le sol de France, au christianisme catholique. C'est bien là qu'en sont venues nombre d'âmes sensibles, qui, s'étant interrogées, elles aussi, dans la « simplicité de leur cœur », y ont trouvé une foi plus humble et plus simple que celle du Vicaire Savoyard ^ Vingt ans avant lui, un « philosophe chrétien », le chevalier de Latouche-Loisi prêchait à son disciple la pure « théologie du cœur » : « Souvent, lui disait-il, on parle trop à l'esprit; on cherche beaucoup de raisonnements pour le convaincre, et l'on ne s'attache point au cœur, qu'il importe infiniment de toucher. Le coMir n'écoute que le cœur. Il reste toujours insensible, tant qu'on ne lui parle pas son langage.... On perd presque toujours le temps que l'on emploie simplement à apprendre aux enfants du siècle à. connaître. On gagne infiniment à leur apprendre à sentir. La théologie de l'esprit se perfectionne chaque jour; elle déploie contre l'erreur toutes les forces du raisonnement. Cependant l'erreur gagne tous les jours du terrain ». 11 faut revenir à la « théologie du cœur », et réfuter l'impiété, non « par voie de raisonnement et de discussion », mais par « la voie du sentiment, mille fois plus courte et plus sûre ^ ».
Voici donc un authentique chrétien du wiii'' siècle, dont la foi, toute sentimentale et d'instinct, semblerait peut-être redevable à ce lent travail qui s'est opéré dans les âmes depuis cinquante ans, dans ces âmes lassées de l'intellecualisme, résignées à ne pas savoir le secret de la nature, ésireuses surtout de faire droitement et heureusement leur tâche humaine, s'offrant avec confiance — pour se aisser consoler, réconforter, charmer, — à ce christianisme plein de promesses, dont elles ne veulent pas vérifier les titres, mais qui se justifie au dedans d'elles « par le succès ».