‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 219 sur 241 · Essai sur rorigine du mal, III · texte numérisé non relu

Essai sur rorigine du mal, III

4. Cf. les textes cités daus mon édition de \a Profession [il], 219-221.

et riiistoii'e évangélique comme des témoignages d'une vérité privilégiée; et Ion entendait ne point les soustraire, tout « sao-és » qu'ils fussent, à ce contrôle de la critique, qui devenait universel. A la fin du xvii° siècle, un prêtre perspicace et savant avait commencé cet examen loyal; mais Bossuet avait déclaré la tentative sacrilège et libertine. Devant les intelligences françaises, l'écrasement de Richard Simon n'avait plus laissé subsister, comme représentation authentique de « l'histoire sainte », que le résumé impérieux et magnifique du Discours sur l'histoire universelle^. Magnificence illusoire peut-être! Lorsqu'un esprit honnête, mais gros et sans art, dépouillait ce « discours » de sa majesté littéraire, de cette brièveté dominatrice qui subtilisait les difficultés et brusquait le lecteur en l'éblouissant, lorsqu'il développait jusque dans les détails infimes la thèse dont le maître n'avait célébré que les grands principes, on se trouvait en face d'une histoire étriquée et puérile, un peu déconcertante par sa candeur. Le copieux commentaire de dom Calmet sur la Bible était là pour en témoigner-. Contre celte involontaire caricature du christianisme, l'histoire se faisait chaque jour plus ironique ou plus hostile. Dans les pamphlets de Burigny, de Dumarsais, de Fréret, de D'Holbach s, la tactique comnmne était de montrer que « la suite de la religion )>, telle que l'Église la présente, est en contradiction manifeste avec les données certaines de l'histoire.

Il ne semble pas que ces difficultés historiques aient paru insurmontables, ou même gênantes, aux chrétiens de désir, qui cherchaient dans le christianisme une panacée sociale et une consolation intime '\ Nous verrons que Rousseau

1. Cf. le livre de H. Margival, Essai sur Richard Simon et la critique biblique au XVIIe siècle, Paris, Maillet, 1900, in-8.

2. La sainte Bible en latin el en français, avec des notes littérales, critiques et historiques, etc., Paris, Martin, etc., 1748-1750, 17 vol. iii-4; et les Dissertations de Calmet [204].

3. Cf., à la Bibliographie, les ouvrages cités aux n"^ 315,316, 345, 355.

4. Il convient aussi d'ajouter que le clergé de toutes les Églises clirélioiines fait bonne garde autour de ces problèmes d'exégèse, et

lui-même, qui avait lu Fréret, D'Holbach et les autres, qui s'était initié avec Leclerc à « l'art de la critique », et de la critique scripturaire^ s"y est à peine arrêté, disons mieux, les a négligées. Pour les âmes sensibles, qui vivent bien plus avec leurs émotions qu"avec les choses mêmes, et qui, les yeux fermés aux faits, reconstruisent librement le monde de leur rêve, les difficultés véritables restaient, somme toute, les difficultés intérieures, c'est-à-dire les répugnances de la raison, ou plutôt, si l'on peut ainsi l)arlcr, de ce qu'il y a de sentimental dans la raison. Cependant, si brève ou si imprécise que fût cette enquête historique, elle achevait de leur faire comprendre que, pour se réfugier dans le christianisme et y trouver la paix, il valait mieux n'y apporter que peu d'exigences intellectuelles, et se résigner à n'y point tout éclaircir. Comme Marie Huber, ces nouveaux croyants du christianisme se gardaient donc bien d' « anéantir tous les mystères », de vouloir les ramener tous à quelques idées intelligibles; ils restaient devant cette obscurité <( dans un doute respectueux- ». Venus au christianisme avec leur cœur, leur désir de bonheur, leur espoir dans une Providence réparatrice, ils y prenaient ce dont ils avaient besoin, et en faisaient leur profit ou leur joie. Pour le reste, ils se contentaient d'un je ne sais pas, qui sauvait la possibilité du mystère et faisait la part de leur droit à l'ignorance. En face de l'Écriture, dit encore Marie Huber, « ils y trouvent des faits, dont ils admettent la possibilité, mais ils sont révoltés contre une infinité de choses, qui leur paraissent puériles, absurdes, contraires au sens commun, et même véritablement injustes.... Quel parti prendre avec de tels hommes? Suis-je en droit d'exiger d'eux de voir ce que

(juc la crainte de la persécution amortit beaucoup de curiosités : cf., sur ce sujet, Giiubl), Lettre à un jeune ministre, louchant les difficultés et les malheurs auxquels on doit s'attendre, quand on veut s'appliquer à l'étude de f Écriture, etc. [229], 344-387.

1. Cf., dans l'un de ses cahiers de brouillons [6], 30'", les extraits qu'il a copiés de VArs critica [177].

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