Cf. Dialogues, LX
Jacques « s'écriera avec attendrissement : ô nature, ô ma mère, me voici sous ta seule garde », c'est à la Providence quil se confiera * ; il traduira la prière de toutes les îimos sensibles, qui, depuis longtemps déjà, cherchaient à surprendre dans l'univers la pensée et la bonté de Dieu. Pour elles, la nature c'est l'ensemble des choses vivantes, ordonnées et bonnes, telles qu'elles sont sorties des mains de Dieu, telles quelles s'offrent à nous aujourd'hui encore, quand on les débarrasse des apports de la civilisation. L'amour de la nature, cest l'amour de ce qui est spontané, primitif, de ce qui échappe aux falsifications sociales. La vie conforme à la nature, c'est la vie réduite à ses éléments premiers, à ce qu'elle devrait être, si on la laissait se développer seule sous le regard de Dieu. C'est dans ce sens que Fénelon employait le mot, lorsqu'il vantait dans le Télémaque les plaisirs « de la simple nature », lorsqu'il assurait, qu" « en suivant la droite nature, on est tout ensemble sage et heureux ^ ». Déjà, dans son Éducation des filles, il avait manifesté la même confiance, surprenante chez un prêtre catholique : « il faut, disait-il, se contenter de suivre et d'aider la nature •' ». Quelque vingt-cinq ans plus tard, le P. Buffier, moitié plaisant, moitié sérieux, reprenait les mêmes conseils eh des formules plus décisives : « Dans tous les hommes, disait-il, l'éducation tient lieu, aussi bien qu'en moi, d'une seconde nature; mais c'est de cette seconde nature dont je me plains; elle est de contrebande dans le monde, s'il m'est permis de parler ainsi. 11 n'y avait qu'à s'en tenir à la première ^ ». Chez un des maîtres de la jeunesse de Jean-Jacques, nous avons vu aussi cette certitude que « les mouvements simples de la nature n'ont jamais rien de contraire à l'innocence -^ ». Mais ce n'est pas seulement dans les romans de l'abbé
1. Confessions, IX, 73; cf. Dialogues, IX, 144-145, 202, etc.