‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 224 sur 241 · Cleveland, I [231], IV · texte numérisé non relu

Cleveland, I [231], IV

Prévost que la nature apparaît h touchante et toujours pure ' ». Il semble bien, qu'entre d720 et 1750, il y ait unanimité dans l'opinion pour l'invoquer comme la maîtresse de vie, celle qui détient toute vérité, toute vertu, et qui ne peut ni nous tromper, ni nous nuire. « La nature, dit un des rédacteurs du Mercure de France, est aussi prévoyante qu'elle est parfaite dans ses productions; il n'est point d'animaux à qui elle ne donne, avec la vie, tout ce qui est utile pour la conserver. Serait-elle plus injuste envers les hommes? Non, sans doute; elle a placé dans le cœur et dans l'esprit de nos parents toute la sensibilité et toute l'industrie nécessaires pour fournir à nos besoins - ». Hygiénistes, moralistes, éducateurs ou poètes, tous se réunissent pour conseiller le retour à la nature : « Tâchons, disait, en'1755, le Suisse Sulzer, que très vraisemblablement Jean-Jacques a lu, tâchons de conduire les hommes à l'école do la nature, afin qu'ils se rendent attentifs à ses charmes.... Détournez vos yeux de dessus le grand monde, et jouissez plutôt de la vue de la nature, où tout respire la simplicité et la liberté ^ ».

Ce retour à la nature, on le désire, sans savoir ce qu'il serait. Ou plutôt on le sait impossible, on sait que, pour retrouver la pure nature, il faudrait se libérer de la civilisation, qui pèse sur nous de partout; on y tend, sans y prétendre; et, pour se consoler d'une réalité qui résiste à notre élan, on se retourne vers les temps anciens, où l'humanité aurait connu cette vie naturelle, toute simple et toute bonne. Parmi les rêves qui ont excité l'imagination française en cette première moitié du xviii" siècle, celui de l'âge d'or est un des plus tenaces. Le Télémaque, manuel chéri des belles âmes, en a présenté plusieurs tableaux, qui ont fait foitune*. Les philosophes eux-mêmes ne dédaignent pas de célébrer « ces premiers siècles du

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