‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 226 sur 241 · LYuje d'or, par P. R., mars · texte numérisé non relu

LYuje d'or, par P. R., mars

4. Le mépris des richesses, ode, par M. Rainaud de l'Oratoire, juin 1733 [48], 1127-1130. J'ai déjà rappelé (cf., plus haut, p. 103 et note 3) que Rousseau a lu et copié en partie celte ode [1], 25". Cf. [39], 169.

5. Le siècle pastoral. Idylle [103], l, 144-147. — Je n'ai pu retrouver la date exacte de cette pièce; mais elle est déjà dans l'édition des Œuvres de M. Gressel de 1744. Genève, Pellissari, 3 tomes en un volume in-12, 11, 19-23.

la décrivait en des strophes si complaisantes, qu'on le sentait comme involontairement séduit par l'idéal qu'il voulait nier :

Précieux jours dont fut ornée La jeunesse de l'univers, Par quelle triste destinée IN'êtes-vous plus que dans nos vers?

Votre douceur charmante et pure Cause nos regrets superflus, Telle qu'une tendre peinture D'un aimable objet qui n'est plus.

La terre, aussi riche que belle, Unissait, dans ces heureux temps.

Les fruits d'une automne éternelle Aux fleurs d'un éternel printemps.

Tout l'univers était champêtre Tous les hommes étaient bergers Les noms de sujet et de maître Leur étaient encore étrangers.

Sous celte juste indépendance, Gompagne de l'égalité, Tous, dans une même abondance, Goûtaient même tranquillité.

Sophismes, erreurs, impostures, Rien n'avait pris votre poison ; Aux lumières de la nature Les bergers bornaient leur raison.

Sur leur république champêtre.

Régnait l'ordre, image des cieux :

L'homme était ce qu'il devait être; On pensait moins, on vivait mieux.

0! règne heureux de la nature.

Quel dieu nous rendra tes beaux jours?

Si j'ai cité ces vers, c'est d'abord qu'ils expriment en mots heureux l'idéal d'une génération; c'est ensuite que Rousseau les a lus. Il les a lus, non point pour partager l'incrédulité de Gresset, et reléguer l'âge d'or parmi « les belles fables », mais pour l'affirmer comme une réalité certaine que nos désirs attestent, — à tout le moins, comme une félicité toujours disponible, qui s'offre aux Ames justes, toutes proches de la nature :

Des traditions étrangères

En parlent sans obscurité.

Mais dans ces sources mensongères

Ne cherchons point la vérité.

Cherchons-la dans le cœur des hommes,

Dans ces regrets trop superflus.

Qui disent dans ce que nous sommes

Tout ce que nous ne sommes plus.

Ah! qu'avec moi le ciel rassemble, Apaisant enfin son courroux, Un autre cœur qui me ressemble :

L'âge d'or renaîtra pour nous i.

Je reviendrai sur cette riposte trop peu connue, qui n'est malheureusement pas datée. Je croirais plutôt qu'elle appartient aux dernières années de Jean-Jacques 2; mais l'esprit qui l'anime a toujours été le sien; et, à quelque moment qu'il l'ait écrite, elle vient nous attester, une fois de plus, son dédain de l'histoire, nous faire mieux sentir la façon tout intérieure et toute psychologique, si l'on peut ainsi parler, dont il a conçu « l'état de nature ».

11 n'y aura pas deux Jean-Jacques, et « l'âge d'or ne renaîtra pas ». Mais nous pouvons en chercher l'image dans ces contrées que la civilisation n'a pas encore atteintes. Là, des peuples jeunes et incorrompus nous feront connaître cette simplicité et cette ingénuité de bonheur à laquelle nous aspirons. Depuis Montaigne ^ il n'est peut-être pas dans la littérature française de thème plus classique que l'éloge du sauvage; mais ce qui a été d'abord un paradoxe tout cérébral, une fantaisie ironique à l'égard d'une société dont on sentait les surcharges artificielles, devient peu à peu une doctrine *, qui trouble les

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