Effets surprenants de la sympathie [209], V
dilTércnles perfections ou les dilïérents dons de cet Être unique et souverain, le nombre des dieux ne sera que le nombre de ses attributs ou de ses bienfaits ». Terrasson reconnaît lui-même que quelques-unes de ces paroles « étaient un peu trop fortes pour ces sauvages, ensevelis dans une superstition dont les raisonnements étaient incapables de les tirer »; son héros n'en continue pas moins à parler doctement i. Le Cleveland de l'abbé Prévost, « philosophe anglais » et protestant, plus jeune que SeLhos de quelques milliers d'années, annonçait pourtant aux (( bons Abaquis •>, la même religion que le sage d'Egypte aux cannibales de Guinée, et faisait assez voir qu'il était son contemporain littéraii'e (1732) : le voilà chez des sauvages, qui lui ont confié, eux aussi, la réforme et le gouvernement de la nation : <( Je méditais, dit-il, sur la forme que je devais faire prendre à leur religion. Mon incertitude ne dura pas longtemps. Ils navaient que les lumières les plus simples de la nature, et je ne les croyais pas capables d'en recevoir d'autres. J'examinai sur ce principe ce que l'Être infiniment juste pouvait exiger deux. 11 me parut que le point essentiel de leurs obligations étaient de reconnaître un Dieu tout-puissant, leur créateur et leur maître absolu, de l'adorer sans partage et d'espérer ses récompenses. Telles furent les bornes que je crus devoir donner à leur foi. Pour le culte, je résolus de bannir les cérémonies mystérieuses, parce qu'elles dégénèrent tôt ou lard en superstition »; et il leur prêche le Dieu de la nature : <( C'est lui, leur dit-il, qui vous a donné la naissance, qui vous conserve, qui vous fournit libéralement tout ce qui vous plaît et qui vous est utile. Ne sentezvous pas qu'il faut aimer celui qui vous comble ainsi de ses bienfaits? 0 bons Abaquis I la nature vous a donné un cœur; apprenez-en à en faire usage; et, si vous êtes sensibles à quelque chose, soyez-le à des faveurs que vous éprouvez continuellement ^ ».