‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 235 sur 241 · Cf., à la Bibliographie, les n°' 327 bis et · texte numérisé non relu

Cf., à la Bibliographie, les n°' 327 bis et

3. Essai sur la nécessité de la révélation; Examen des preuves de l'existence de Dieu [2891, H, 289-290, I, 8 et suiv.

adressée à Jean-Jacques lui-même, et que celui-ci dut, sans doute, recevoir quand il remaniait son brouillon de VÉmile ^ La lettre est lourde, presque odieuse à force d'ètie ntilitaire; mais, à tout prendre, derrière ce style épais et ces phrases interminables, c'est bien le même état d'esprit que celui du Vicaire Savoyard. En homme habile, qui a le sens des opportunités, Formey remarquait d'abord que le public était las de la « philosophie »; non pas seulement las, mais « révolté contre toute doctrine destructive de toute sécurité publique et de toute félicité intérieure, qui levait enfin le masque et se perdait par ses propres excès ». Il disait que « le cri de la nature » protestait contre ces folles nouveautés, et il continuait : « Abrégeons les controverses. Je crois la religion démontrable; je la crois démontrée; mais je n'ai rien de nouveau à dire làdessus. Tout est dit. Je prends donc un autre ton. Que la religion soit ce que vous voudrez, fiction toute pure, je vous laisse passer cette supposition. Elle demeurera toujours le lien de la société et l'appui le plus solide de la tranquillité publique.... Profitez de cette excellente invention; pensez-en intérieurement ce qu'il vous plaira; mais ne croyez pas avoir une vocation à renverser cet édifice, après la ruine duquel les hommes n'auront plus de retraite. Que vous coûte le silence? Rien du tout.... Un vrai sage dit : Quand je verrais tout ce que prétendent voir nos philosophes modernes,... je me garderais bien de révéler à de bonnes gens, qui n'ont que ce moyen d'être portés au bien et d'en recueillir les doux fruits, un secret qui les plonge sans retour dans la plus affreuse misère ». Et, après avoir prolixement établi que « combattre pro aris,

1. Lettre du 7 juillet 1760 [13]. Formey l'a publiée lui-même, sauf la dernière page, en 1789, dans ses Souvenirs d'un citoyen [446], II, 118-128. La date y est inexactement reproduite (1763 au lieu de 1760). Au reste, les variantes entre le texte imprimé et Toriginal de Neuchàlel sont insignifiantes. La réponse de Rousseau, du 6 septembre 1760, publiée aussi par Formey (129-131), se trouve déjà dans la Correspondance, X, 230-231, mais mal datée, et sans nom de destinataire.

c'est combattre en même temps pro focis », il arrivait à cette conclusion théorique, « que, quand la religion ne serait pas le souverain bien éternel, elle demeurerait son souverain bien temporel ». « J'entends toujours, — ajoutait-il dans une espèce de parenthèse, qu'il crut prudent de supprimer plus tard en imprimant son texte, — une religion assez épurée, pour ne pas autoriser les vices; et ce caractère convient assurément au judaïsme, au christianisme, qui est la plus parfaite de toutes les doctrines religieuses qui aient été proposées aux hommes, et même au mahométisme, comme ayant puisé dans les deux sources précédentes ». Le Vicaire Savoyard ne dira pas autre chose; lui aussi, <( il croira toutes les religions bonnes, quand on y sert Dieu convenablement ' » ; et tous les deux se réuniront encore dans une même conclusion pratique : « Dès là qu'on a pris le sage parti et le seul qu'il y ait à prendre, de se conformera la religion et de la professer, c'est encore moins la peine de s'en écarter pour quelque opinion particulière, qui, de quelque manière qu'on l'envisage, ne vaut jamais la peine d'être débattue et de troubler la paix, le plus désirable de tous les jbiens - ». Ainsi ce futur adversaire de Rousseau regarde lia religion du même angle que Rousseau. Il ne lui demande 'pas si elle est vraie, mais si elle est « épurée », si elle favorise la vertu, si elle assure le bonheur des sociétés et des individus. Et, dès lors qu'elle satisfait à ces conditions, peu importe à l'homme sage d'être né dans telle ou telle : il sait bien que demeurer dans la sienne est à la fois pour lui un devoir et un bénéfice.

Au moment donc où Jean-Jacques va prêcher son nouvel Évangile, les esprits les plus « éclairés » de la chrétienté protestante, semblent bien s'être résignés à un christianisme tout intérieur, qui ne se justifie plus guère que par ses avantages. C'est, du moins, cette idée de bonheur qui leur

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