‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 25 sur 241 · Confessions, Vlll · texte numérisé non relu

Confessions, Vlll

indiquer que, parmi les livres de toute sorte qui lui passèrent alors entre les mains, beaucoup étaientdes livres graves, qui le dégoûtèrent plutôt des jeux de la rue ' et surexcitèrent son idéalisme précocement insatisfait. Car, si nous les ignorons aujourd'hui ces livres obscurs qu"a dévorés le jeune Jean-Jacques, ils lui rendent cependant un témoignage anonyme de cette ardeur pour les idées, qui va faire le tourment et les délices de sa vie. L'enfant qui ne lînissait qu'à l'aube le roman commencé le soir, et qui s'oubliait des heures entières à la garde-robe, aux prises avec quelque livre médiocre, sera bien le même homme que la question de l'académie de Dijon bouleversera sur la route de Vincennes.

JN'e cherchons donc point Jean-Jacques parmi ces gamins de Genève qu'il faut faire entrer de force dans le temple, et qui le quittent tumultueusement dès que la police a disparu. Jean-Jacques est au pied de la chaire, pour entendre le texte sacré, la prière liturgique ou le sermon du ministre. Il n'est peut-être pas un auditeur pieux, encore serait-ce imprudence de l'affirmer ; c'est, du moins, un auditeur avide. Les sermons le charment et l'émeuvent. Déjà chez le pasteur Lambercier, « bien loin de s'ennuyer au sermon, il n'en sortait jamais sans être intérieurement touché et sans faire des résolutions de bien vivre, auxquelles il manquait rarement en y pensant- ». Revenu à Genève, ce goût ne le quittera point; il rêvait môme d'être ministre, car « il trouvait bien beau de prêcher » ; mais il avait trop peu de fortune pour <( pouvoir pousser ses études »; et il dut se consoler de ce pastoral manqué en « composant des sermons », qu'il prêchait, sans doute, à son cousin ou à son oncle; car l'oncle

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