‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 26 sur 241 · M, VIII · texte numérisé non relu

M, VIII

Bernard, lui aussi, s'amusait parfois à en faire, et de « très beaux' ». Jean-Jacques restera fidèle à ces amours d'enfance. Quand il reviendra, en 1734, pour se réconcilier avec lÉglise calviniste, les pasteurs de Genève n'auront pas d'auditeur plus bienveillant : « Que ne suis-je à portée, écrira-t-il au pasteur Jean Sarasin ^, d'apprendre quelquefois mon devoir dans vos éloquents sermons, tels que celui sur le citoyen, que j'eus le bonheur d'entendre il y a quatre ans et que je n'oublierai de ma vie )> ! Deux ans plus tard, il demandait encore au pasteur Moultou de lui envoyer son sermon sur le luxe, dont on lui avait lu quelques fragments', et il en copiait trois grandes pages dans son cahier d'extraits *.

Soyons sûrs qu'à quatorze ou quinze ans, Jean-Jacques devait avoir l'admiration encore plus facile. Ce n'étaient certes pas de très grands orateurs que les ministres de sa jeunesse, même les plus réputés, un Gallatin. un Maurice, un Fabri, un Antoine Léger, môme un Turrettin ou un Bénédict Pictet^ Volontiers, du reste, ils faisaient fi de « cette vaine rhétorique qui ne s'attache qu'au choix des expressions ". et regardaient « comme fort au-dessous d'un prédicateur chrétien » d'avoir des complaisances pour « l'extrême délicatesse de la langue française "^ ». Qui voudrait relire aujourd'hui leurs sermons n'y trouverait qu'une éloquence légèrement désuète et un plaisir assez mince. Mais tous ces vénérables discours ont cette qualité de se ressembler comme des frères : ce sont des œuvres grises et presque iiKliscernables. où l'on sent moins l'originalité d'une âme et d'un talent que l'empreinte delà cité.

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