AVANT-PROPOS. VII
comme des nuages qui le portent et qui le poussent; il est celui peut-être qui a donné à la littérature française la secousse la plus forte; il est celui peut-être que la littérature française a le plus longuement préparé.
Mais, après avoir replacé Jean-Jacques dans la foule des âmes sensibles où s'est alimenté son génie, je ne pouvais pas me désintéresser de ces âmes au moment où il les quitte. A dire vrai, il ne les quitte point : il se survit en elles ; et c'est encore une façon de le mieux comprendre que d'assister à cette survivance. Pourtant, je n'ai pas prêté une égale attention à tout ce qui a survécu de cette pensée religieuse, parce qu'il ne m'a pas semblé que tous les éléments en eussent la même valeur, ou. si je puis dire, la même personnalité. Et, par exemple, le rationalisme, un rationalisme très décidé, paraît bien être l'une de ses attitudes essentielles; mais nous n'irons pas dénoncer l'influence de Jean-Jacques sur tous ceux qui se refuseront à croire aux miracles et à la révélation, carie rationalisme avait eu de 1760 à 1780 des patrons plus entraînants. Dans cette étude f^ur l'influence religieuse de Rousseau, j'ai donc essayé surtout de dégager ces forces originales, que, dès 1790, un publiciste avisé reconnaissait pour « aristocratiques », ou, comme nous dirions aujourd'hui, pour « conservatrices « '. C'est à Rousseau, « restaurateur de la religion », suivant le juste mot de M. Lanson-, que je me suis attaché, d'abord parce que tel a été, à ce que je crois, son véritable rôle religieux, ensuite parce que cette action restauratrice est la seule