Confessions, YIII
2. 11 serait môme possible que Jean-Jacques fût arrivé à Confignon dès le lundi 15, et que le voyage de par le « monde » eût été imaginé par l'auteur des Confessions pour laisser croire chez le jeune fugitif à de longues hésitations ou incertitudes. S'il en eut, elles durent être fort courtes. Les embellissements que Rousseau a fait subir à la vérité dans le récit de son abjuration au Spirito Santo nous invitent ici encore à être prudent
3. [129], V, 428. On pourrait objecter que l'allusion « aux pères et mères de ces enfants » ne paraît guère désigner Jean-Jacques; mais il est trop clair que les pasteurs n'auront pas besoin d'avertir les pères et mères des enfants qui ont changé de religion et quitté la ville, mais ceux-là seulement dont les enfants sont circonvenus par le curé de Confignon, et pourraient imiter leurs camarades transfuges.
La « CONVERSION » AU « PAPISME ». 41
d'autres petits Genevois avaient pris le chemin de Confignon 1 ; et c'est, sans doute, ce que M. de Rochemont voulait rappeler à ses confrères. Le voisinage de M. de Pontverrc devenait décidément dangereux pour la Jeunesse genevoise; et l'apprenti du sieur Du Commun n'était pas le premier adolescent qui avait été circonvenu par ce curé trop hospitalier et trop conquérant.
Benoît de Ponlverre, savoisien de bonne race, depuis trente-huit ans qu'il était curé de Confignon, avait montré plus d'une fois à ces Messieurs de Genève qu'il descendait des gentilshommes de la Cuiller, et qu'il gardait dans ses veines du sang d'homme d'armes. Jeune, il avait été un des curés les plus entreprenants et les plus combatifs de la région frontière; il l'était encore-. Son église était décorée d'inscriptions triomphantes, où il avait résumé les preuves catholiques de la présence réelle, en « défiant d'y répondre tous les ministi'es de Genève » ; et il conservait orgueilleusement dans les archives de sa cure le registre où étaient consignées les quelque soixante abjurations qu'il avait reçues -^ L'année même qui précéda l'arrivée de Jean- Jacques à son presbytère, il avait cherché querelle à des maîtres d'école de la banlieue genevoise; et la Compagnie des pasteurs avait du les défendre contre ses insinuations *. En 1714, sous prétexte de raconter la conversion
1. Quatre jours avant Jean-Jacques, un jeune Genevois arriva comme catéchumène à l'hospice, li ne serait pas impossible que iM. de Pontverre eût été pour quelque chose dans cette « conversion » : cf. mon J. J. Rousseau au Spirito Sanlo [640], 00.
2. Cf. Chanoine Fleury, Histoire de l'Église de Genève [548'""], II, :j0i-3lI:Fr. Mugnier, Évêques de Genève [565], 182-184.
3. Ce registre existe encore dans les archives de Confignon, où il m'a été fort obligeamment communiqué par M. l'abbé Bouvier, curé de la paroisse. De 1690 à 1732, soixante-quatre abjurations furent reçues par M. de Pontverre. J'y note, le 19 novembre 1710, celle du fameux Minutoli, et, le 20 mai 1712, celle de Louise-Marie Gonceru, de Nyon. Aucune trace du passage de Jean-Jacques. Le déli que je cite peut encore se lire sur l'une des parois de la « chapelle des seigneurs », au-dessous des inscriptions à demi eiïacéea que je rappelle.