‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 36 sur 241 · Séances des 21 et 28 février 1727 [129], V, 272 et · texte numérisé non relu

Séances des 21 et 28 février 1727 [129], V, 272 et

au catholicisme d'un proposant de l'académie de Genève, le chevalier Minutoli, il s'était surtout diverti à crayonner les portraits satiriques « de quarante ministres de la même académie ». Caricatures grossières, mais assez vivantes, d'une gaîté un peu lourde et d'une injustice souvent calomniatrice, ce i)amphlet avait eu beaucoup de succès'. Du reste, c'était un homme aimable, et presque un galant homme, qui savait mettre au service de son prosélytisme d'autres séductions que les appâts théologiques. Jean- Jacques n'était pas le seul à avoir expérimenté Texcellence de sa cuisine; et tel dimanche de carnaval, après avoir joué un bon tour au ministre d'Onnex, son voisin, il invitait à dîner les neveux du premier syndic de Genève, et buvait courtoisement à sa santé -. Quand il avait fait • quelque jeune néophyte, il né s'intéressait pas qu'à ses destinées spirituelles, il lui cherchait des protecteurs et des ressources; et sa diplomatie ingénieuse savait ne pas lui faire « regretter les aulx et les oignons d'Egypte-' ».

En se dirigeant vers Confignon, Jean-Jacques ignorait-il le belliqueux passé de M. de Pontverre et le zèle accueillant de ce curé convertisseur? J'en doute fort, et l'on va voir pourquoi; mais il nous est difficile aujourd'hui de reconstituer son véritable état d'esprit. Quand il écrivait ses Coufessions, près de quarante ans après l'événement, l'auteur de la Lettre à M. de Beaiimont devait se sentir mal à l'aise et irrité en abordant cet épisode de sa jeunesse. Plus ou moins consciemment, il substituait ses sentiments

1. La première édition des Motifs de la conversion du chevalier Minutoli est de 1714, la seconde de 1725, la troisième de 1729 [198]. Cf. J. Vernet, Lettres critiques, Y [318 B], I, 179-181 : « Il semble d'abord qu'un conlroversistc qui se permet de pareils tours ne peut être qu'un méchant homme. Cependant j'ai oui dire que celui-ci n'était (|u"un faux zélé, qui envisagea cette fiction comme un ingénieu.x stratagème, comme une petite ruse innocente pour réveiller la curiosité du public ».

2. Lettre de M. de Pontverre à M. de Berne.x, du mercredi des cendres 1700 [565], 183.

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