‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 38 sur 241 · Confessions, VIII · texte numérisé non relu

Confessions, VIII

2. Cf. le Recueil des principaux catéchismes des Églises réformées [ 1 03] , et, en particulier, le Catéchisme des controverses de Dumoulin; cf. encore dans les Cinq catéchismes de Pictet [189], le Catéchisme de controverse; et parmi les sermonnaires, Fabri [194], 103, Gallatin [203], 222-220, Pietet [201], 34-36, etc.

4i LA FORMATION RELIGIEUSE DE ROUSSEAU.

opposés aux nôtres, comme cela arrivait tous les jours, qui s'entendrait avec nos ennemis, qui nous pillerait, qui nous maltraiteiait, qui ferait trancher les tètes de nos plus fidèles citoyens, dès qu'ils oseraient s'opposer le moins du monde à ses intentions. Sans cette grâce, nous aurions vraisemblablement parmi nous l'aiïreux tribunal de l'Inquisition ; et, dès que nous oserions dire ou faire la moindre chose contre les erreurs établies, nous serions enfermés dans des cachots, et nous nous verrions exposés à finir notre vie sur des potences, ou dans les flammes. 0, mes frères, que nous sommes heureux, et nos chers alliés et nous, d'être délivrés dun joug aussi honteux et aussi insupportable que celui-là! 0 que nous avons bien sujet d'en rendre à Dieu nos très humbles actions de grâces! Sentons notre bonheur, mes très chers frères, et que rien au monde ne soit capable de nous y faire renoncer. Le papisme est toujours le même : Dieu nous garde d'y rentrer jamais '.

Celui qui parlait ainsi était Jean-Alphonse Turretlin, pasteur lettré, courtois, et d'un libéralisme qui allait jusqu'à la tolérance. Tous les vrais Genevois parlaient de même, comme s'ils sortaient à peine de servitude. C'est en vain que, depuis près de deux siècles, a la bienheureuse Réformalion » les avait délivrés « des chaînes insupportables dont le papisme accable les hommes ^ »; on eût dit qu'ils en sentaient encore tout le poids; et le frémissement de- leur indignation paraissait toujours les prendre au dépourvu. A Bossey, qui était l'extrême pointe d'avanlgarde de la république calviniste, et qui bientôt allait I redevenir catholique, la petite Église protestante devait entretenir chez ses fidèles cette horreur instinctive, qui restait le plus sûr préservatif contre les tentations de la Babylone. Le paysan de Bossey pouvait voir passer au coin de son champ la procession papiste, entendre tout près de lui la clochette du viatique; s'il allait au village voisin, la porte entr'ouverte d'une église pouvait lui montrer

1. Turroltin, Sermon sur le jubilé de la Réformalion de Berne, 7 janvier Î728 [224], 23-26.

2. Id., W., 4; Sermon sur le jubilé de la RéJ'urnuUion de Zurich, r^ janvier 1719 [20-3], 19.

un instant les autels « deridolâtrie » : sensations irritantes, qui lui laissaient un frisson de révolte. Jean-Jacques enfant a connu ces épouvantes héréditaires, il nous le dit; il avoue même que, plus tard, à la campagne, il les a senties parfois renaître au dedans de lui avec ses plus vivaces souvenirs '. Et pourtant, ces curés papistes, objets d'effroi quand ils officiaient, avaient, par ailleurs, un charme d'affabilité engageante, contre lequel bien des petits Genevois, — et, plus qu'un autre, le sensible Jean-Jacques, toujours en quête de tendresse, — savaient mal se défendre. Le bon dîner qui précéda le départ pour Annecy ne fut pas le premier, sans doute, dont le régala M. de Pontverre; en tous cas, plus d'une fois déjà, il s'était fait héberger dans les presbytères des environs de Genève : « En même temps que la sonnette du viatique me faisait peur, la cloche de la messe ou des vêpres me rappelait un déjeuner, un goûter, du beurre frais, des fruits, du laitage- ". Le jeune Jean-Jacques « aimait à manger* )>, il aimait surtout à être aimé *. Le médiocre ordinaire de Du Commun, et ses brutalités presque quotidiennes, ne donnaient guère satisfaction à ce double désir. Les curés des environs de Genève lui prodiguaient les bons repas et les paroles affectueuses. Comment ne se serait-il pas, laissé séduire? « Ce n'était qu'à l'église qu'ils me faisaient peur; j'aimais fort à les voir au presbytère », a-t-il écrit dans la première rédaction des Confessions '". S'il a supprimé cette phrase dans son texte définitif, c'est qu'elle contenait un aveu trop précis. La mésaventure du li mars 1728 ne fut qu'une occasion. Depuis quelque temps déjà, la séduction papiste avait opéré : tôt ou tard elle

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