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3. C'est, du moins, ce que dit le texte définitif; une variante de la Première rédaction [41], 98-99, est encore plus affirmative : « pendant près de trois mois ».
compromettre cette habile reconstitution. Le registre de l'hospice existe encore aujourd'hui, A la fin dune page, au bas de colonnes administratives, quelques dates toutes sèches ont été inscrites, qui marquent le passage de Jean- Jacques au Spirito Santo. Il y entra le i2 avril 1728, abjura le 21 du même mois, et << re(;ut les accessoires du baptême » le surlendemain ; le petit-neveu du ministre Bernard, le pensionnaire du pasteur Lambercicr, le futur auteur de la Profession de foi du Vicaire Savoyard, se convertit anpajT^sinopu nfiiT jours La bataille fut peut-être chaude, mais elle fut brève'.
Le même registre nous fait connaître les compagnons de Jean-Jacques. Ce sont, pour la plupart, des protestants de Suisse ou d'Allemagne. Eux aussi ne s'attardent pas aux préliminaires de la conversion ; ils y mettent pourtant moins d'empressement que. Jean-Jacques. Seul, un Genevois de vingt-deux ans arrive en sept jours à l'abjuration; mais, l'abjuration faite, il en attend douze aulres pour recevoir le baptême, et, somme toute, passe un mois à l'hospice : entré quatre jours avant Jean-Jacques, il en sort quinze jours après lui. Les autres catéchumènes restent environ de trois à six semaines. Rousseau réduit au minimum son stage de converti, et se libèi'e en onze jours '-.
1. J'ai publié le fac similé du registre, (lui est d'une Hsibihté parfaite. Une mauvaise lecture do ce document avait fait croire que Housseau était resté à l'hospice ([uatre mois et. douze jours, jusqu'au 23 août; cf. mon article sur Le séjour de Rousseau à l'hospice du Spirito Santo [640] et Vlntroduction à mon édition de la Profession [47], p. xxvii-xxvni. Depuis lors, a paru la Madame de Warcns, de M. Bencdelto, où le même document est mis en valeur [611], Ho-126.
2. Il faut reconnaître cependant que le registre de l'hospice ne mentionne pas pour Jean-Jac(jues, comme pour les autres catéchumènes, le jour de son départ. J'ai dit, dans l'article cité (p. 07), pour quelles raisons je croyais que ce jour devait être celui même du baptême: M. Benedetto [041], 11.')-116, en présente d'autres, qui ne me paraissent point valables, pour justifier sur ce point le récit des Confessions. Mais, quand encore on serait en droit de supposer que Rousseau resta plusieur.'^ semaines à l'Iiospice après son iiaptôme, ce séjour prolongé ne ferait ([ue rendre plus signilicative la
Tout ce récit des Confessions devient donc très suspect, et ne doit être utilisé qu'avec précaution. Je ne crois pas cependant qu'il faille le négliger. Certains petits faits ont un accent de vérité qui ne trompe pas; certains détails pittoresques de mise en scène peuvent être contrôlés, et doivent être reconnus pour exacts *. Il est donc fort possible que l'hospice du Spirito Santo n'ait pas été alors l'asile de la vertu, que Jean- Jacques y ait « vu des mœurs nouvelles », et que l'indignation de ce très innocent garçon n'ait pas rencontré un accueil trop ému chez des hommes que l'expérience avait un peu blasés et qui restaient en contact quotidien avec une jeunesse tarée ^. Possible encore qu'il ait trompé l'ennui de ces quelques jours de réclusion en s'intéressant à la controverse, et qu'il ait trouvé plaisir à reprendre pour son compte les arguments ou les citations de Le Sueur 3; mais ce dut être plutôt une manière de jeu qu'un véritable duel, car la défaite eût été trop rapide; s'il mit sa coquetterie à lancer quelques objections, il dut les retirer plus vite encore, pour que ses directeurs se déclarassent satisfaits et l'admissent sans tardera l'abjuration. Possible enfin que le Révérend Père Inquisiteur, qui lui donna « l'absolution du crime d'hérésie », ait manqué grossièrement de tact en lui parlant de sa mère*. Mais, vraies ou fausses, ces anecdotes importent peu. Le fait essentiel, c'est que cette soi-disant conversion fut bâclée en neuf jours; et c'est là ce qui reste à expliquer.
Il faut reconnaître que cette rapidité est fâcheuse pour
rapidité de la conversion, et prouverait davantage, s'il en était besoin, que cette première acclimatation au catholicisme fut facile et sans douleur.
1 . Par exemple, le récit de la procession solennelle à l'église métropolitaine de Saint-Jean est bien conforme au rituel de l'archiconfrérie du Spirito Santo : cf. Maurizio Marocco, Cronistoria dello Spirito Sanlo [543], 204-205.
2. Profession de foi [47], 5-7 et notes; Confessions, VIII, 41-47.