‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 50 sur 241 · Confessions, VI II · texte numérisé non relu

Confessions, VI II

ait rejeté violemment toute la révélation chrétienne et qu'il ait apporté dans la critique de son Église cette ardeur et cette âpreté d'ironie, qu'il ait proclamé la religion de Genève « très simple et très sainte », la plus pure et la plus raisonnable de toutes ^ et qu'en même temps il ait été ce croyant émancipé, qui ne garde plus du christianisme qu'une admiration pieuse pour Jésus, — j'en douterais fort; et le Vicaire Savoyard parle trop souvent comme Rousseau, pour avoir parlé comme M. Gaime. Mais on peut admettre que M. Gaime s'était fait une théologie simplifiée, qui ne s'attardait pas aux dogmes de pure spéculation et mettait l'essentiel de la religion dans les devoirs de pratique. Il ne demandait pas tant à son élève de « faire maigre » et « d'aller à vêpres » que d'être homme de bien et de croire en Dieu fortement -. La maxime maîtresse de M. Gaime, celle, d'ailleurs, qui résume la profession du Vicaire, c'était, semble-t-il, que le christianisme et sa morale ne font qu'un, que, si, « sans la foi, nulle véritable vertu n'existe », il n'existe pas de foi véritable sans vertu, et que l'art de croire est d'abord un art de vivre ^.

Pour Jean-Jacques surtout, pour cet adolescent abandonné, qui s'était adapté vaille que vaille à la vie, apprendre" à vivre était le premier besoin. L'abbé l'avait compris, et voulait y aider son jeune protégé, non pas seulement en prêtre, mais en maître et en ami. Il avait compris, que cette intelligence si ardente réclamait une nourriture saine, et il cherchait à lui donner le goût des bons livres ^ ; il avait compris que ce qui rendait fragile la religion de Jean-Jacques était aussi ce qui gâterait sa vie : l'incertitude de la volonté, les enthousiasmes intermittents d'une imagination vite lasse, les exigences d'un tempérament

1. Cette dernière affirmation serait d'autant plus douteuse qu'elle manque dans tous les manuscrits, sauf le dernier : cf. Profession de foi [47], 438-439 et note 2.

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