‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 61 sur 241 · Lettre à Victor-Amédée, du 13 septembre · texte numérisé non relu

Lettre à Victor-Amédée, du 13 septembre

4. Registre des fondations de la cure de GrufTy; acte notarié du 5 novembre 1750 [560""], 130-135; cf. encore sa lettre à l'abbé Léonard, du 4 février 1754 [.567], 8-9.

5. Il n'est pas sûr pourtant que l'oratoire fût installé dans la maison

Notre-Dame-des-Hcrmitcs qui préside en souveraine et en protectrice 1. « Maman » ne fut donc pas seulement une femme religieuse, mais une femme pieuse, et catholiquemcnt pieuse. M. de Conzié' et le curé de Lémenc, qui l'assista, sont d'accord pour affirmer qu'elle mourut en « bonne chrétienne », ce qui, pour eux, signifiait « en bonne catholique- »; et, quand les huissiers, qui vinrent saisir le peu qu'elle laissait, affirmèrent n'avoir trouvé chez elle que les preuves de sa misère et « les témoignages de sa piété ^ », ne laissaient-ils pas entendre que cette piété ne méprisait pas les images et les consolations qu'une àme ingénument croyante peut y chercher?

Mais cette exacte piété s'accommodait fort bien, chez Mme de Warens, d'une pleine liberté de mœurs et de pensée : elle aussi, elle s'était fait « son petit religion à part soi '- ». Ce « petit religion », d'une originalité un peu déconcertante, mérite qu'on s'y arrête; car, de l'aveu de Jean-Jacques, sur quelques-uns des plus importants prolilèmes, c'est « sa très chère Maman ^ » qui fut pour lui le théologien libérateur.

« Quand il n'y aurait point eu de morale chrétienne.

même des Charmettes à l'époque où Jean-Jacques y habitait. Dans les Confessions, "Vlll, 174, il parle d'une « chapelle attenante à la maison ». Ce passage des Confessions a, du reste, cet intérêt de nous apporter un autre témoignage de la piété de Mme de Warens : elle faisait venir à la Saint-Louis, jour de sa fête, un carme de Chamijéry pour lui dire la messe.

1. Avec cette invocation qui domine l'autel : « Sub tuum praesidium confugimus, sancta Dei genitrix » : cf. Metzger [.^OO""], 137-138.

2. Acte de décès de Mme de Warens, du .30 juillet 1762 [568'"*], 374; Gonzié, Notice sur Mme de Warens [ISO], 85.

3. Gonzié à Rousseau, lettre du 4 octobre 1762 [27], II, 445.

4. C'est, comme on sait, la réponse de l'Anglais Fielding au grand maître de la maison de Madame, duchesse d'Orléans; et Madame prenait le mot à son compte : cf. sa lettre du 13 septembre 1690 à Sophie, duchesse de Hanovre, ap. Arvéde Barine, Madame, mère du Régent, Paris, Hachette, 1009, in-16, p. 248.

5. C'est l'appellation qu'emploie le plus souvent Rousseau, à partir de 1739, en écrivant à Mme de Warens : cf. Correspondance, X, 2i), 30, 32, 33, etc.

écrit-il avcQ le plus grand sérieux, je crois quelle Tiuirait suivie, tant elle s'adaptait bien à son caractère ». Jean- Jacques a-t-il senti l'ironie de cette afiirmation, qui précède de quelques lignes à peine l'indiscret renseignement que voici : « Elle eût couché tous les jours avec vingt hommes en repos de conscience, et même sans avoir plus de scrupule que de désir i »? Il a beau ajouter que c'était chez elle un sophisme plutôt qu'une faiblesse, nous })Ouvons peut-être nous souvenir, pour expliquer cette impudeur tranquille, que Mme de Warens disait d'ellemême : « je fais les choses avec une indifférence qui me surprend quelquefois ^ »; mais il serait impertinent de] transformer en une chrétienne d'instinct cette Madeleiiie inconsciente, qui, non seulement ne s'est jamais repentie, mais n'aurait jamais su de quoi se repentir. Du moins, ne nous étonnerons-nous pas de la voir se mettre aussi délibérément à l'aise avec le dogme qu'avec la morale. Ici encore on peut supposer avec une grande vraisemblance que les exhortations piétistes d'autrefois sont restées pour elle des conseillères d'affranchissement. II n'est pas improbable, du reste, que Mme de Warens, dans sa jeunesse, se soit trouvée en contact avec d'autres piétistes que Magny. Son père était piétiste, nous l'avons vu; la tante de son mari, Mme de la Tour, l'était également, et recevait chez elle M. de Marsay, un des prophètes de la nouvelle doctrine '. En ce début du xviii'' siècle, toute la Suisse est travaillée, tant du côté français que du côté allemand, par des influences piétistes; et c'est au lendemain du départ de Mme de Warens pour Annecy, que Béat de Murait et Marie Huber vont commencer leur apostolat^. M. Ritter a justement rappelé l'action de Spener sur les commimautés protestantes de Zurich et de Berne ^; il ne faudrait pour-

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