Magny cl le piélisnie romand
tant pas oublier que le piétisnie vaudois n'a pas seulement des origines germaniques. Les correspondants de Mme Guyon dans les pays romands avaient été conquis par le Moyen court, et avaient gagné, eux aussi, bien des consciences « à la sainte liberté des enfants de Dieu ». Quelques-uns des piétistes vaudois ou bernois les plus notoires, M. de Watteville, INI. Monod, Mlle de Venoge, avaient été les dirigés de Mme Guyon*; et le plus éminent de tous, Dutoit-Mambrini, sera, un peu plus tard, son éditeur et son disciple très dévot'-. Mais, quand bien même Mme de Warens n'aurait connu le piétisme contemporain que par les maximes de son ancien tuteur, Magny suffisait pour lui inculquer quelques principes très simples, dont l'efficacité se prolongeait dans l'àme durant toute une vie. Ces principes se ramenaient à la suprématie souveraine de la conscience en matière de foi. « Le but principal de riùiilure sainte, disait INlagny dans la préface de sa traduction du livre de Tennhard, est de nous porter à craindre Dieu et à garder ses commandements, car c'est là le tout de l'homme. Mais, quant au détail de vérités divines et de moyens pour parvenir au salut éternel, nul ne peut ignorer que chacun explique l'Écriture comme il l'entend; et la plupart tâchent de lui donner un sens qui s'accommode à ses préjugés.... C'est pourquoi nous avons besoin d'un autre interprète, d'un juge infaillible, qui est au-dessus de l'Écriture, et qui a dicté lui-même l'Écriture, savoir de l'Esprit de Dieu, qui, par sa lumière et par ses enseignements intérieurs, peut seul nous donner l'intelligence claire et certaine du véritable seiis de l'Ecriture et de l'institution de Christ, et nous conduire en toute vérité' ». On a vu quelles conclusions, hostiles à l'œuvre de la
1. Cf., par e.xomple, dans ses Lettres chrétiennes et spirituelles [200], IV, 2(i0, 3:55, 578, les lettres 89, 100, 151, qui leur sont adressées (note de la p. 630 du t. V).
2. Cf. Ghavannes, Datoit-Manibrini [542], 79-00; et mon livre sur Fénelon et Mme Guyon, Paris, Hachette, 1907, in-16, p. v-vii.