Id., VIII
M. Gàtier, peut-être trop artistement, en abbé de roman, et lui a prêté des aventures galantes et des infortunes judiciaires, qui paraissent bien apocryphes'. Il s'était déjà souvenu de lui dans VÉinile : le Vicaire Savoyard, ce prêtre humain et compatissant, « à la figure intéressante », et au cœur trop tendre, qui n'a pas su résister à l'appel de la nature, c'est M. Gâtier^. Peu importe ici l'exactitude des affirmations : elles témoignent, du moins, à leur façon, de la reconnaissance de Rousseau. Ce jeune clerc de vingt-six ans fut pour lui moins un maître qu'un ami. Il ne semble pas avoir eu cette autorité morale que son âge et sa forte culture donnaient à l'abbé Gaime; mais, sans avoir exercé sur Jean-Jacques une action aussi décisive, il lui a pourtant permis de retrouver dans une âme catholique cette « sensibilité affectueuse et aimante^ » qui avait été, pour le petit Genevois fugitif, la meilleure des apologétiques, et cjuila restait encore.
Ainsi ces cinq mois de vie ecclésiastique, où les scrupules et les remords du catéchumène, s"il en avait eus, auraient pu se raviver en s'cxaspéranl, laissèrent iutacte cette foi nouvelle, Cjui semblait devoir ne plus connaître d'inquiétude. Quelques jours après avoir quitté le séminaire, tandis que les flammes dévoi'aient le four des cordeliers attenant à la maison de Mme de Warens, Jean- Jacques se mettait à genoux aux côtés de M. de Bernex, priait le ciel de détourner l'incendie qui menaçait la maison, voyait le vent changer brusquement de direction, et se persuadait sans peine que son saint évêque venait de faire un miracle ^. Bien loin de garder rancune à l'Église qui l'avait congédié, il cherche au contraire à se créer une
1. Sur la carrière de l'abbé Gàtier, qui semble ne laisser place ii aucun scandale ni à aucune disgrâce, cf. les documents que j'ai rassemblés dans mon IiUroduction ii la Profession de foi [4T], p. xxxixxxni.