‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 68 sur 241 · Rousseau a Mme de Warens, lettre du 31 août 1733, avec le · texte numérisé non relu

Rousseau a Mme de Warens, lettre du 31 août 1733, avec le

des Charmettes, les prêtres apparaissent dans sa vie avec la môme intimité affectueuse que dans celle de Mme de Warens^ : c'est l'abbé Léonard, M. Gros, l'abbé Gàtier, le P. Montant, l'abbé Giloz, l'abbé Arnaud, labbé Blanchard, l'abbé Borlin, M. Reydelet, M. Rolichon, l'abbé Palais, le P. Caton, le P. de la Coste, le P. Hemet, le P. Coppier, bien d'autres, « bons hommes de moines », jacobins, antonins, lazaristes, jésuites ou cordeliers, que nous apercevons derrière lui sans pouvoir les nommer, et qui, attires par « ce joli garçon, le prennent en amitié et lui font mille caresses- ». Ils ne sont pas seulement, comme plus tard à Montmorency, des compagnons de promenade, mais des amis, des chaperons, des professeurs", des confesseurs, des directeurs. Ces aimables ecclésiastiques, que u Maman » traite en « frères », se sentent pour « Petit » une indulgence familiale. « Permettez que je fasse mille amitiés à tous mes oncles », écrira Jean-Jacques à Mme de Warens '. Ces « oncles » d'adoption, ce sont tous les prêtres habitués de la chère maison. Les uns, comme l'abbé Léonard, sont presque des camarades; les autres, comme le P. Caton ou l'abbé Palais, musiciens de talent, causeurs spirituels et de bonne compagnie, étaient plutôt des initiateurs mondains. Les jésuites, gens plus graves, prenaient part, eux

posit-scriplum du P. Montant, X, 5-0 : cf. la note de Th. Dufour [39], 103, et l'original autographe, qui se trouve à Neuchàlel [12 B].

1. Dans la Première rédaction des « Confessions » [41], 173, à propos de l'abbé Gàlier, il avait écrit que Gàtieret Gaime étaient « les deux seuls prêtres qu'il eût vraiment trouvés dignes d'attachement et d'estime ». Cette phrase a disparu dans le texte définitif, — trop de souvenirs, sans doute, ayant fait comprendre à Rousseau qu'elle était inexacte.

2. Confessions, VIII, 90; cf. Id., 80-85, 89, 120, 131-132, 148-149, 155, 173; Correspondance, X, 5-6, 9, 17, 18, 21, 23, 27, 33, 34, 50, 75. 11 convient pourtant d'ajouter ([ue l'un de ces ecclésiasliques raviva chez Jean-Jac(iues les plus désagréables souvenirs du Spirito Santo, et lui parut bien n'être qu'un « chevalier de la manchette », Confessions, VIII, 118.

3. Lettre du 5 octobre 1743, X, 42; cf. encore à la même, lettre de février 1747, X, 56, où « il fait mille remerciements au très cher oncle », et Correspondance X, 18.

aussi, à ces aimables réceptions, et acceptaient sans façon de boire av^ec Jean-Jacques les bonnes tasses de chocolat que leur présentait la maîtresse de céans ' ; mais c'était des hommes d'âge, pieux et instruits, devant lesquels a Petit )) se sentait un modeste écolier. Quand il charge Mme de Warens d'un message pour « les Hévérends Pères Jésuites », c'est toujours un message très déférent, de « respectueuses salutations » ou de <( très humbles respects- ». 11 avait, du reste, choisi parmi eux son confesseur, le P. Hemet, » bon et sage vieillard, dont la mémoire lui fut toujours en vénération ». Il voyait aussi le compagnon du P. Hemet, le P. Coppier. Tous deux n'étaient plus jeunes^; et pourtant ils rendaient ses visites à leur jeune ami. Le P. Coppier montera même bien des fois « le long et rude chemin » qui conduit aux Charmettes^.' Ces excellents religieux mettaient leur bibliothèque et leur expérience au service de ce disciple affectionné. La maison des Jésuites devenait pour lui une maison (( familière », où il trouvait non seulement des livres, mais du réconfort aux heures de découragement, et les conseils d'une sagesse modérée dans ses crises d'exaltation. Rousseau n'oubliera pas tout « le bien » que les jésuites lui ont fait\ Il continuera à leur écrire quand il aura quitté les Charmettes". Plus tard même, au gros de la lutte contre les jésuites, s'il désapprouvera les doctrines de la Compagnie'', s'il en

1. Rousseau à Mme de Warens, lettre du 23 octobre 1737, X, 23.

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