Première rédaction des « Confessions
5. Cf. Mémoire au gouverneur de Savoie (1739), XII, 290; lettre de Rousseau à M. de Bonac, du 3 décembre 1736 [84], V, 238-239 ; Mémoire remis le 19 avril i7!i2 à M. Doudct, XII, 293; Confessions, IX, 5?).
point suffi à faire un catholique. Mais elles tissaient, en quelque sorte, un réseau d'affection et de reconnaissance autour de cette âme sensible, dont les besoins les plus inqjérieux n'étaient pas encore des besoins intellectuels; elles lenveloppaient d'une atmosphère catholique, où il se sentait à l'aise. Ce catholicisme d'accoutumance pouvait, il est vrai, couvrir des convictions molles et une discipline détendue. Chez ce jeune homme de vingt et un ans, qui avait accepté sa « Maman » pour maîtresse, — même provisoire ou intermittente ' — et qui, entre temps, soulageait ou « trompait la nature » par de « dangereux suppléments » de plaisirs -, il ne pouvait y avoir place pour une religion très scrupuleuse. C'est alors que l'exemple et les principes de Mme de Warens, mieux connus, devinrent contagieux, et que sa « maternité » amoureuse se prolongea sur son « Petit » en maternité spirituelle. Cette foi facile, qui avait gardé quelques-unes des libertés piétistes, devait paraître commode à un converti, et l'affranchir peu à peu des préjugés confessionnels. Le candide aventurier qui s'attache à l'archimandrite grec, et qui, devant le Sénat de Berne, s'enflammait à plaider, la cause chrétienne « sans distinction de sectes », ne paraît pas un catholique très farouche ^. C'est le même qui écrivait quatre ans plus tard à son père : « Rien n'est plus éloigné de votre goût que la prude bigoterie; vous méprisez souverainement, et avec grande raison, ce tas de fanatiques et de pédants chez qui un faux zèle de religion étouffe tous sentiments d'honneur et de piété, et qui placent honnêtement avec les cartouchiens tous ceux qui ont le malheur de n'être pas de leur sentiment dans la manière de servir Dieu * )>.
1. Si c'est bien Aime de Warens, comme l'affirme Jean-Jacques — et il me paraît fort difficile de récuser ici son témoignage —, qui jugea « qu'il était temps de le traiter en homme >', je croirais peu vraisemblable qu'elle ait beaucoup prolongé ou renouvelé la « leçon ». : cf. mes Questions de chronologie rousseauiste [6.35], 40.