Lettre de [1735], X, 0 : cf. Th. Dufour [39], 181, note
Cependant, pour Jean- Jacques comme pour Mme de Warens, ce catholicisme très libre et peu gênant était un catholicisme sans tartufferie; c'était même un catholicisme délibéré, qui ne craignait point de s'affirmer, le cas échéant. Plus d'une fois, sans doute, devant les catholiques d'Annecy, il avait dû s'exprimer sur les bigots avec cette vivacité dont témoigne la lettre à son père. Certains s'en étaient inquiétés, et, par exemple, la demoiselle Eslher Giraud, cette Genevoise, comme lui convertie, qu'il a voulu, dans les Confessions, transformer en une duègnepcu plaisante et déjà mûre, ridiculement amoureuse de lui ^ mais qui, dans le vrai, paraît avoir été une amie très bienveillante, presque une protectrice, à tout le moins une femme de goût, dont on respecte les avis, et dont on cherche l'approbation 2. Quand elle le sentit dans l'isolement moral de Lausanne et de Neuchâtel, elle eut peur pour cette foi catholique qu'elle jugeait précaire, et lui envoya un petit sermon, qui était inutile. « Soyez persuadée, Mademoiselle, lui répondit-il ^, que ma religion est profondément gravée dans mon àme et que rien n'est capable de l'en effacer. Je ne veux pas ici me donner beaucoup de gloire de la constance avec laquelle j'ai refusé de retourner chez moi. Je n'aime pas prôner des dehors de piélé, qui souvent trompent les yeux et ont de tout autres motifs que ceux que montrent les apparences. Enfin, mademoiselle, ce n'est pas par divertissement que j'ai changé de nom et de patrie et que je risque à chaque instant d'être regardé comme un fourbe et peut-être un espion ». La sincérité de cette déclaration est indéniable.