Vlil
5. Du moins, sous le nom de Voltaire; car on verra plus loin (jue, dès 1732, le Mercure en publie des réfutations.
difficilement passer pour un auteur catholique : en dépit des savantes périplirases sur la transsubstantiation et la Trinité ', la Henriade elle-même, aux yeux d'un lecteur averti, différait peu, par endroits, d'un manuel de » lilierlinage ». Si Jean-Jacques en avait déjà savouré Farrièregoût, et s'il avait cherché dans la poésie voltairienne la « philosophie » sous-jacente, il n'aurait jamais écrit la Profession de foi du Vicaire Savoyard. Mais cet esprit candide était encore inexpert en ironie; et ce provincial était surtout sensible à l'élégance, à la grâce d'un style parisien. Ce qu'il voulait imiter de Voltaire, c'était « le beau coloris de cet auteur^ ». Le Voltaire qu'il admirait, c'était le Voltaire poète, celui qui avait entîn donné à la littérature française l'épopée qui lui manquait, ce|ui dont les touchantes héroïnes attendrissaient tous les cœurs sensibles. En 1745, il écrira à l'auteur de la Princesse de Navarre : « 11 y a quinze ans que je travaille pour me rendre digne de vos regards ■• >■ : il disait vrai : dès 1730, il avait choisi Voltair-e comme professeur de poésie française; il avait même goûté l'historien moraliste, le voyageur perspicace, avide de s'instruire et d'instruire : il citait volontiers l'historien de Charles XÎJ'", et sentait s'éveiller sa curiosité intellectuelle en lisant les Lettres philosophiques, a Quoiqu'elles ne soient assurément pas son meilleur ouvi-age, ce fut celui qui m'attira le plus vers l'étude ^ ». Mais, quelle qu'ait pu être sur lui la séduction voltairienne, ce ne fut pourtant point l'ironiste des Lettres philosophiques qui devint le directeur spirituel de Jean-Jacques. 11 semble le constater lui-même dans les vers, d'ailleurs admiratifs, oîi il salue Voltaire parmi les maîtres de sa jeunesse :
Et toi, touchant Voltaire, Ta lecture à mon cœur restera toujours chère;