Confessions, VIII
Mais mon goût se refuse à tout frivole écrit, Dont Tauleur n\i pour but que d'amuser l'esprit '.
Ainsi, même en 1739, Voltaire n'est toujours à ses yeux qu'un poète, et un poète « touchant », le poète de Zaïre et d'Alzire : il semble faire assez bon marché du <( philosophe », ou plutôt, il le néglige, comme s'il l'ignorait; mais, qu'il Tait voulu ou non, les réserves qui accompagnent cet hommage au « poète » signifient assez clairement que l'esprit d'Arouet ne lui suffira point. Il n'était pas devenu davantage un disciple de Bayle; et l'engouement de Mme de Warens ne fut point pour lui contagieux. Il est vrai que, dans une lettre, qui est très vraisemblablement de 1737, il demande au libraire Barillot de lui envoyer le Dictionnaire de Bayle : « Je ne vous cacherai point, lui dit-il, que j'ai une extrême passion de l'avoir- ». Mais c'est le Dictionnaire, et non pas les Pensées sur la Comète ou le Commentaire sur le « Compelle inlrare ». Rousseau est, à ce moment, un passionné d'histoire; et, en convoitant le Dictionnaire, ce qu'il « a une extrême passion d'avoir », c'est plutôt un répertoire de faits que leur commentaire « philosophique ». On chercherait en vain dans ses premiers essais l'esprit critique de Bayle-'.
Ainsi, il semble bien qu'intellectuellement il échappe à Mme de Warens. D'autres influences se sont exercées sur lui, qu'il n'a pas mises en valeur dans les Confessions, mais qui ont dû être plus efficaces. Un jeune homme désireux d'apprendre, encore novice à l'étude, et qui vit dans un cercle ecclésiastique, ne peut pas ne pas être le débiteur des prêtres. Ce sont eux, d'ailleurs, au début du xviir siècle, qui, dans une petite ville de province, représentent la culture et les belles-lettres. Ce sont eux qui possèdent les