‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 81 sur 241 · En six volumes |23.j · texte numérisé non relu

En six volumes |23.j

3. Traité de Vopinion, I, i et 11 [235], 1, 7 et 25. Le premier et le dernier de ces textes sont soulignés par le Mercure de France, mai 1733 [48], 951.

faire le double désir de Jean-Jacques : acquérir des connaissances, mais les rétablir en leur juste valeur par les certitudes de la religion et la pratique de la vertu.

Ce double sentiment pénètre tous ses premiers essais. Les faits et les idées n'y sont accueillis que pour leur signification morale; et cette morale aboutit d'elle-même à la religion. L'une des premières pages où Jean-Jacques se soit essayé à faire œuvre d'écrivain est consacrée à Dieu. Ce n'est pas une méditation très originale. A ce penseur de vingt-trois ans — car il est vraisemblable que le morceau date de 1735 — les classiques considérations suffisent. Mais, derrière la phraséologie philosophique, un sentiment proprement religieux apparaît. « Nous croyons tous, écrit-il, d'être persuadés de l'existence d'un Dieu; il est cependant inconcevable d'accorder cette persuasion avec les principes sur lesquels nous réglons notre conduite dans cette vie * ». Déclaration banale, si l'on ne se rappelait, qu'en cette môme année 1735, il écrivait à son père ^ : « J'ai de la religion et je crains Dieu ; d'ailleurs, sujet à d'extrêmes faiblesses et rempli de défauts plus qu'aucun antre homme du monde, je sens combien il y a de vices à corriger chez moi ». Ainsi cette religion est une religion (pii se recueille, s'examine, et ne veut pas rester stérile, l'.lle reste pourtant très livresque ; et nous allons voir tout ce qu'elle garde du « magasin d'idées » où Jean-Jacques l'a nourrie.

Mais « livresque », quand il s'agit de Jean-Jacques, surtout du Jean-Jacques de Chambéry et des Charmettes, ne veut pas dire superficiel ou factice. Un esprit agile, instable et sociable, comme Voltaire, lit des livres en foule et se les assimile; il en profite, nîaXS n'en est point touché; et, d'ailleurs, ses vrais maîtres, c'est la société qui le choie et se complaît en lui; ce sont ces femmes du monde, élégantes, hardies, tout ensemble sérieuses et frivoles, ces

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