Sur Dieu
aristocrates libertins, si intelligents jusque dans le plaisir, pour qui le luxe est encore un art. Rousseau est bien davantage l'homme de ses livres, j'entends des livres qu'il a lus. (c Le Français, a-t-il écrit dans la Nouvelle Héloïse, lit beaucoup, mais il ne lit que les livres nouveaux, ou plutôt, il les parcourt, moins pour les- lire que pour dire qu'il les a lus. Le Genevois ne lit que de bons livres; il les lit et les digère; il ne les juge pas, mais il les sait * >». Après avoir connu, lui aussi, dans son enfance et son adolescence, de vraies fièvres de lectures, sans méthode et sans choix, Rousseau a très vite retrouvé les habitudes de sa race; très vile, il s'est mis "à lire ses livres en Genevois, lentement et sérieusement, cherchant en toute bonne foi aies comprendre et à se laisser faire par eux. Lecteur docile, qui ne veut pas tant «juger » ses auteurs que les « savoir », il lit plume en main. Tant qu'il restera un homme de lettres, il copiera dans ses carnets les pages les plus remarquables du livre qu'il a entrepris. L'habitude, on l'a vu, était ancienne, puisqu'à Turin déjà, le Vicaire Savoyard « lui faisait faire des extraits des livres choisis - ». En tous cas, le P. Lami, dont il avait fait son directeur intellectuel, recommandait formellement ces recueils de « mélanges *». Il en est resté quelques-uns dans les papiers de Jean-Jacques, qui appartiennent à sa maturité '*. L'auteur de la Julie et cVÉmile continue à copier des <( morceaux choisis » comme un collégien appliqué. 11 copie du Montaigne, du Vauvenargues, du Marivaux, du Haller; soit^; mais il copie tout aussi diligemment trois grandes pages d'un sermon du jeune Moultou sur le luxe ". Rien ne prouve mieux, semble-t-il, la candeur et l'ingénuité fon-