‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 82 sur 241 · Sur Dieu · texte numérisé non relu

Sur Dieu

aristocrates libertins, si intelligents jusque dans le plaisir, pour qui le luxe est encore un art. Rousseau est bien davantage l'homme de ses livres, j'entends des livres qu'il a lus. (c Le Français, a-t-il écrit dans la Nouvelle Héloïse, lit beaucoup, mais il ne lit que les livres nouveaux, ou plutôt, il les parcourt, moins pour les- lire que pour dire qu'il les a lus. Le Genevois ne lit que de bons livres; il les lit et les digère; il ne les juge pas, mais il les sait * >». Après avoir connu, lui aussi, dans son enfance et son adolescence, de vraies fièvres de lectures, sans méthode et sans choix, Rousseau a très vite retrouvé les habitudes de sa race; très vile, il s'est mis "à lire ses livres en Genevois, lentement et sérieusement, cherchant en toute bonne foi aies comprendre et à se laisser faire par eux. Lecteur docile, qui ne veut pas tant «juger » ses auteurs que les « savoir », il lit plume en main. Tant qu'il restera un homme de lettres, il copiera dans ses carnets les pages les plus remarquables du livre qu'il a entrepris. L'habitude, on l'a vu, était ancienne, puisqu'à Turin déjà, le Vicaire Savoyard « lui faisait faire des extraits des livres choisis - ». En tous cas, le P. Lami, dont il avait fait son directeur intellectuel, recommandait formellement ces recueils de « mélanges *». Il en est resté quelques-uns dans les papiers de Jean-Jacques, qui appartiennent à sa maturité '*. L'auteur de la Julie et cVÉmile continue à copier des <( morceaux choisis » comme un collégien appliqué. 11 copie du Montaigne, du Vauvenargues, du Marivaux, du Haller; soit^; mais il copie tout aussi diligemment trois grandes pages d'un sermon du jeune Moultou sur le luxe ". Rien ne prouve mieux, semble-t-il, la candeur et l'ingénuité fon-

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