Claville, Traité du vrai mérite, V [238], II
2. Spectateur français [223], 1,321-322. J'ai cité la plus grande partie de cette page dans mon article Comment connaître Jean-Jacques? [622], 892-893.
3. Éloge de la pauvreté, par M*'*, Mercure de France d'août 1733 [4S], 1787-1797; cf. notamment p. 1792 : « Son intention [delà nature] a été de mettre une parfaite égalité entre les hommes. Mère tendre et alfeclionnée, elle leur a également départi ses faveurs. Ce principe bien reconnu, il est évident que la force ou la fraude ont été les instruments de la fortune du premier riche, et qu'on doit regarder encore aujourd'hui un nouveau parvenu comme l'ennemi et le tyran du iienre humain ».
premiers frissons de révolte contre « Tinégalité des condi tions ..?
Il serait donc imprudent de vouloir placer la genèse de cette pensée religieuse sous de trop illustres patronages. Tel grand maître, dont nous croirions impossible que Jean - Jacques eût évité Temprise, n'a pas su atteindre son cœur; tel moraliste ou <■<■ physicien » médiocre lui aura valu des émotions décisives. J'ai déjà dit qu'il paraissait avoir ignoré François de Sales, ou, du moins, s'être refusé à sa séduction. Bossuet, non plus, ne l'a pas conquis. Il avait lu chez son père le Discours sur V histoire universelle; et c'est vraisemblablement VExposition de la foi catholique, on l'a vu, qui avait fourni à sa conversion les excuses dogmatiques; mais ces deux grands croyants de la Providence fraternisent sur un mot qu'ils n'entendent pas de même. La Providence de Bossuet, c'est le Dieu de l'histoire, (( celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté et lindépendance,... qui se glorifie de faire la loi aux rois, et de leur donner, quand il lui plaît, de grandes et de terribles leçons ^ » : c'est la Providence universelle. La Providence de Jean-Jacques, c'est le Dieu du cœur et de la nature, de la nature organisée et consolatrice : c'est le recours suprême de l'homme bon contre la méchanceté sociale : c'est la Providence du juste, et surtout du juste opprimé. En fait, on voit mal ce que Rousseau devrait à Bossuet. C'est pour des raisons différentes qu'ils se sont rencontrés dans un même anathème contre le théâtre; et, si jamais l'auteur des Lettres de la montagne a lu l'Histoire des variations, ce ne fut certes pas pour se laisser convaincre, mais pour prendre une idée plus nette des devoirs et des destinées du protestantisme. Les autres orateurs sacrés du xviF siècle ne semblent pas lui avoir