Oraison funèbre d'Henriette de France [94], XII
été plus familiers. Je ne crois pas qu'il ait une seule fois cité Bourdaloue, Fléchier, ou ce Massillon qui faisait les délices de Voltaire. Pascal dut l'émouvoir et peut-être le troubler : Le Vicaire Savoyard dénonce « Finsuffisance de l'esprit humain » et la puissance mensongère de l'orgueil, shumilie devant les « mystères impénétrables qui nous environnent », et, se sentant « jeté, perdu dans ce vaste univers, se considère avec une sorte de frémissement » où passe un instant comme l'inquiétude des Pensées •. Tout compte fait, dans la lutte que Voltaire et les encyclopédistes vont engager contre Pascal, c'est bien du côté de Pascal que Jean-Jacques se range. Mais, si l'opposition se trouve peut-être moins profonde qu'on sei-ait d'abord tenté de le croire entre le métaphysicien de la faute originelle et le défenseur de la bonté de la nature, il y a chez Pascal une horreur du péché, une angoisse du salut, une ferveur de toute l'âme, que Jean-Jacques n'a, sans doute, jamais connues, ou, du moins, qu'il a bien vite laissé tomber. Le seul des grands chrétiens du .wii*^ siècle auquel il se soit donné tout entier, c'est Fénelon ; mais le Fénelon du Télémnqae et de VÉducalion des filles plutôt que celui des Lettres spirituelles ; le moraliste et le poète sensible, qui avait révélé à un siècle trop civilisé « l'aimable simplicité du monde naissant- », et chez qui la nature se montrait si belle, si accueillante, conseillère de vertu, messagère de fraternité humaine, pourvoyeuse des plaisirs purs et vrais; le philosophe du Traité de l'existence de Dieu, admirateur inépuisable de la noble ordonnance de l'univers et des prodiges de la vie. Cet amour de jeunesse, que Rousseau gardera intact jusqu'au dernier jour, deviendra même, vers la fin, une dévotion attendrie; le « bon Fénelon » réalisera pour lui le véritable chrétien évangélique ' :
1. Voltaire lui-même croit y reconaaître l'influence de Pascal : cf. Profession de foi [47], 53 et note .3, 93 et note 4.