Lettre à Lamotte, du 4 mai 1714 [102], VI
3. Confessions, VIII, 163; NoiiveUe Iléloïse (II. xviii. VI, vu), IV, 178, V, 35, etc.
« S'il avait vécu, disait-il à Bernardin, j'aurais cherché à être son laquais, pour mériter d'être son valet de chambre 1 ». Il ne faudrait pourtant pas que ce culte si sincère nous donnât le change sur la véritable dette de Jean-Jacques à l'égard de Fénelon. D'autres livres, moins célèbres que le Télémaque, ou moins populaires que V Existence de Dieu, ont pu laisser au rêveur des Charmettes des impressions analogues, et reprendre, ou préciser, ou développer les suggestions féneloniennes.
Un jeune provincial, qui n'aperçoit le mouvement des idées qu'à travers ses gazettes, échappe difficilement à cette influence discrète, mais continue. Jean-Jacques est abonné au Mercure de France ^. C'est une revue prudente, dont la piété officielle ne laisserait guère deviner à un lecteur de 1735 ou de 1738 que Paris est à demi voltairianisé. Sans doute, « l'illustre M. de Voltaire » y est loué copieusement; mais c'est au poète de la Henriade etd'^feire que vont tous ces éloges parfois dithyrambiques^. L'abonné du Mercure, qui n'est point renseigné par ailleurs, ignorera les Lettres philosophiques; il saura qu'une certaine Épîlre à Uranie circule sous le manteau et scandalise tous les chrétiens; il en lira même des réfutations versifiées, où les intentions seront plus louables que le talent^; mais il ne se doutera pas que l'impertinent rimeur de ce factum libertin, est, en même temps, le « rare génie, ornement de la France », que son journal va bientôt couronner de lauriers, en le proclamant « sublime », voire « surhumain -^ ». Ainsi, tout en faisant à la gloire de Voltaire la place inévitable, le Mercure ne présente à ses lecteurs qu'un Voltaire tronqué, assagi, ennemi du fanatisme, il est vrai, mais « également ennemi de l'irréligion », respectueux de
1. Bernardin de Saint-Pierre, J. J. Boiisseau [154], 108; cf. encore p. 123 : « Préférait Fénelon à tout ».