‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 91 sur 241 · Mercure de novembre · texte numérisé non relu

Mercure de novembre

4. Mars 1732, p. 605-611; mars 1733, p. 523-528. o. Février 1736, p. 245, 347-358.

« notre doctrino romaine, dont il éclaircit même plusieurs obscurités' ». Les morceaux de littérature originale, que lahonné du Mercure reçoit tous les mois, sont d'une tenue encore plus réservée ou plus édifiante : Les imitations d'Horace n'y font certes pas défaut, mais les « odes sacrées », paraphrases des Psaumes, de ÏEcclésiaste, ou des cantiques liturgiques, y sont presque aussi nombreuses '-. Beaucoup de ces poètes sont des ecclésiastiques de province, religieux, prieurs, curés ou chanoines. Chez tous ces clercs, la « contemplation de la nature » s'achève naturellement en élévations vers Dieu. Ce n'est pas eux qui feront brèche dans la -Vieille morale, ou qui vanteront les commodités de « ce siècle de fer ». Ils évoqueront plutôt « l'innocence de l'âge d'or », et rappelleront les Ames au « mépris des richesses »; leur appel, d'ailleurs, ne sera pas vain; et .Jean-Jacques, touché par leur poésie moralisatrice, en copiera pour lui les couplets les plus vertueux 3. — « Quel est, demande encore le Mercure, l'état le plus propre à acquérir la sagesse, de la richesse ou de la pauvreté »'? Et le prieur d'Heurgeville répond sans hésiter :

1. Lettre sur la Henriade, dans le Mercure àe mars 1733, p. 2637- 2C38.

2. Cf., par exemple, pour les seules années 1734 et 173.5, p. 1490, 1721, 21.52, 2751 de 1734, et p. 1283, 1503, 1673, 2386 de 1735 : Paraphrase du psaume LXXII, Inquiétude de rdme sur les voies de la Providence. — Paraphrase du psaume XCIII, la justice divine présente à toutes nos actions. Ode sur la vanité de l'homme, par l'abbé P***, chanoine de Laon. — Paraphrase du psaume I. Actions de grâces d'une âme convertie. Élévation à Dieu par la contemplation de ses ouvrages, par M. R., do l'Oratoire. — Paraphrase du cantique d'Ézéchias. — Paraphrase du <• Borate cœli », etc.

3. Cf. dans le Mercure de mars 1732, p. 413-416, L'âge d'or, par P. R., et, dans celui de juin 1733, p. 1125-1131, Le mépris des richesses, ode qui a remporté le premier prix à l'académie des jeux floraux, par M. Rainaud, de l'Oratoire, préfet au collège de Soissons. C'est cette dernière « ode », dont Jean-Jacques a copié les dix premiers vers [1], 25"". Mais il n'est pas absolument certain qu'il ait pris ce texte dans le Mercure, car, dans sa copie, on lit au cinquième vers : « de fausses maximes ■■, et, dans le Mercure, • d'aveugles maximes ».

l04 LA FORMATION RELIGIEUSE DE ROUSSEAU.

« la pauvreté * ». Un autre collaborateur du Mercure fait un « éloge de la pauvreté », où l'on sent un mépris de l'argent et du luxe, un besoin de vivre conformément à la nature, qui annoncent déjà la prédication de Rousseau -. Ce discours passionné précède de trois ans à peine le Mondain de Voltaire ; m^is entre ces deux opuscules, il y a plus qu'un intervalle chronologique, fùt-il même d'une génération : il y a l'opposition de deux systèmes sur la vie. Le Mercure ne soufflera mot du Mondain, comme il a ignoré les Lettres philosophiques ; mais il s'arrêtera avec complaisance sur les « bons livres », tels ceux de Saint-Aubin, de Claville et de Pluche, qui savent tout ensemble « parler à l'esprit et toucher le cœur' ». Ce sont précisément ces livres que le Jean-Jacques des Charmettes a choisis comme bréviaires de sapience. Rouvrons-les avec lui. J'ai déjà marqué, pour quelques-uns d'entre eux, la concordance générale de leurs principes directeurs et des siens; mais sa dette envers eux ne se borne pas là.

La philosophie de Claville est une philosophie à la fois « naturelle et chrétienne; c'est une philosophie de sentiment, indépendante de la scolastique », où l'on retrouve toujours « la nature de concert avec la religion ». Cette philosophie invite l'homme qui cherche le bonheur à se resserrer en soi-même; elle célèbre l'excellence de la solitude et surtout de la solitude des champs, pour arriver à la sagesse et goûter la paix de l'àme; elle « fait sentir la fausseté de la plupart des vertus humaines et le prix de la vraie vertu »; elle affirme les principes immuables de l'équité naturelle et la juridiction incorruptible de la conscience; elle n'admet pas, d'ailleurs, que la conscience puisse s'affranchir de la foi en Dieu, et regarde comme un axiome qu'il n'y a « point d'honnête homme sans reli-

1. Question dans le Mercure d'août 17.33, Réponse dans les numéros de février et mars 1734, p. 2.54-269, 431-447.

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