Lettre à .1/. de Beaiimonl, III
Si le Vicaire Savoyard avait des disciples, ceux-ci diraient aux autres chrétiens, pour préciser leur foi devant eux : « Nous admettons la révélation, comme émanée de l'esprit de Dieu, sans en savoir la manière, et sans nous tourmenter pour la découvrir. Pourvu que nous sachions que Dieu a parlé, peu nous importe d'expliquer comment il s'y est pris pour se faire entendre. Ainsi, reconnaissant dans l'Évangile l'autorité divine"; nous croyons Jésus Christ revêtu de cette autorité, nous reconnaissons une vertu plus qu'humaine dans sa conduite et une sagesse plus qu'humaine dans ses leçons ». La formule est moins saisissante que celle du Vicaire sur « la mort d'un Dieu »; mais elle dit ijeut-ètre plus en sa simplicité. Au reste, pour s'être attendri, dans la Profession, sur « la beauté de l'Évangile », Jean-Jacques ne se croit pas quitte envers Jésus; et chaque fois qu'il le rencontre sur son chemin, c'est toujours avec émotion qu'il le salue. Comme » tous ses autres écrits », ces Lettres « respirent le même amour pour l'Évangile, la même vénération pour Jésus-Christ >->. (< Il ose même croire, et s'en vanter, qu'aucun des i)rétendus chrétiens » qui l'attaquent « ne parla plus dignement que lui du vrai christianisme et de son auteur • ». 11 prend l)laisir — et un plaisir qui n'est pas seulement d'artiste — à citer tout au long << le bel hommage du Vicaire à l'authenticité de l'Évangile », et à la sainteté de sou « héi'os », hommage qu'il a rendu « de si bon cœur - ». 11 fait plus: et le modèle est si séduisant qu'il recommence un autre portrait de Jésus, de ce Jésus auquel il ne se lasse point de revenir. On sent qu'il en parle d'abondance, et que sa rêverie s'attarde volontiers devant lui. (^ Je ne puis m'empêcher de dire, écrit-il, qu'une des choses qui me charment dans le caractère de Jésus n'est pas seulement la douceur des mœurs, la simplicité, mais la facilité, la grâce et même l'élégance. Il ne fuyait ni les plaisirs, ni les