Confessions, VIll
l'envahir ^ l'Évangile sera seul excepté : «; quand tous les autres livres l'ennuient, il reprend toujours celui-là avec un nouveau plaisir ■»; les consolations humaines peuvent lui manquer, jamais il ne recourra vainement aux consolations évangéliques^. Maintenant qu'il est seul et qu'il n'y a plus pour lui de vie mondaine, le soir, au retour de la forêt, s'il a terminé sa tâche de copiste, il revient à sa Bible, et l'emporte avec lui dans son lit, en attendant l'heure du sommeil. C'est par elle qu'il clôt sa journée-; c'est à elle qu'il demande des images pour alimenter les rêves de ses nuits : « je l'ai lue entière, nous dit-il, au moins cinq et six fois de suite de cette façon ' ». Avait-il déjà l'habitude, comme il l'aura plus tard, d'en faire des extraits et d'en noter les plus « beaux » passages '? Je ne sais, mais déjà cette terre des prophètes et des psalmistes est pour lui une terre de songes, où il aime s'évader. Ouand arrivera la catastrophe de juin 1762, pour fuir l'atroce réalité, c'est dans les paysages bibliques que son imagination ira chercher un divertissement; et il écrira, sur le mode du pieux Gessner, qu'il fut un des premiers à chérir en France, la naïve et antique idylle du Lévite d'Éphraïin 'K
Je crois trouver un témoin de cette tendresse ravivée pour l'Écriture dans ce Fragment allégorique sur la révélation, dont nous aurons bientôt à chercher le sens véritable, mais qu'il convient de retenir ici pour son accent. J'ai dit ailleurs « les raisons qui me faisaient attribuer au séjour de l'Ermitage ce morceau, à première vue, si énigmatique et si étranger aux préoccupations contemporaines. Nous verrons plus loin qu'il n'apporte pas, sans doute, l'intégral