‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 123 sur 239 · Lettre du 23 décembre 1761, X · texte numérisé non relu

Lettre du 23 décembre 1761, X

Eglise, bien résolu d'y vivre et d'y mourir, s'il dépend de moi ' ».

Il restait conséquent avec ces principes, quand il parlait à des catholiques. Il répondait à Mme de Beaugrand, qui lui avait confié ses doutes « sur certains points de la religion .) : « Pourquoi vous adressez-vous, pour les lever, à un homme qui n'en est pas exempt lui-môme? Si malheureusement les vôtres tombent sur les principes de vos devoirs, je vous plains; mais, s'il n'y tombent pas, de quoi vous mettez-vous en peine? Vous avez une religion qui dispense de tout examen; suivez-la en simplicité de cœur. C'est le meilleur conseil que je puisse vous donner, et je le prends autant que je peux pour moi-même- ». Si nous n'avions que cotte lettre, on serait tenté de n'y voir qu'un refus de discuter, une formule polie, et un peu dédaigneuse, pour se débarrasser d'une correspondante indiscrète. Mais à Soguier de Saint-Brisson, il a donné toute sa confiance, toute son amitié ; il lui parle « avec une effusion de cœui-, et comme un père parlerait à son enfant 3 »; et cependant, c'est par les mômes maximes qu'il essaie de l'apaiser.

Voilà ma peine, lui disait ce jeune homme, en un langage trépidant, qui devait émouvoir Jean-.Jacques, — voilà ma peine, que je viens déposer dans votre sein, en vous demandant des consolations et des conseils. Je suis seul sur la terre, séparé de tous les hommes par la différence des principes et des opinions, forcé de m'e-^iler de la maison paternelle, parce que ma mère est une parisienne, femme d'esprit, el entièrement abandonnée aux prêtres, parce que les prêtres, après m'avoir persécuté sourdement, m'avoir accusé et condamné dans le cœur de ma mère, m'ont révolté au point de parler haut et ouvertement, de leur dire, qu'invinciblement attaché aux principes de la morale chrétienne et de la tolérance, je répugnais à leur esprit de dissension. Alors ils ont crié à l'impie, au déiste; et

1. Lettre à Seguier de Saint Brisson, du 22 juillet 1704, XI, 150.

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