‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 124 sur 239 · Lettre de décemljro 1763, XI · texte numérisé non relu

Lettre de décemljro 1763, XI

3. Lctlre à Seguier de Saint-Biisson, du 22 juillet 1704, XI, 131.

ma mère ne maccorde plus que la tolérance civile. C'est pour la première fois que j'éprouve l'injustice et les mauvais traitements; mon cœur se soulève, et l'amertume empoisonne ma vie. Ouf! je n'en puis plus. Méchants hommes, éloignerez-vous toujours la paix de moi? Ils prétendent que vos ouvrages ont séduit mon esprit fi'ivole et jeune. Eh quoi! les livres ne sontils pas comme les événements, dans lesquels chacun va prendre ce qui lui convient? Et, si ce n'était pas le tourment de mon .caractère qui m'approprie vos sentiments, pourquoi ne serais-je pas libertin, comédien avec Voltaire, comme je suis religieux et pacifique avec vous'?

Il pourrait sembler qu'une pareille attitude, à la fois religieuse et affranchie, dût être Tattitude même du vrai disciple de Jean Jacques; mais ce ne serait pas avoir compris toute la pensée du Vicaire Savoyard. Jean-Jacques répond donc à ce disciple incomplet, qin voudrait l'abandonner à mi-chemin : « A ciuoi bon aller effaroucher la conscience tranquille d'une mère, en lui montrant sans nécessité des sentiments différents des siens? Il fallait, monsieur, garder ces sentiments au dedans de vous pour la règle de votre conduite; et leur premier effet devait être de vous faire endurer avec patience les tracasseries de vos prêtres, et de ne pas changer ces tracasseries en persécutions, en voulant secouer hautement le joug de la religion où vous étiez né.... Je vous dirai plus, et je vous"! déclare que, si j'étais né catholique, je demeurerais catholique, sachant bien que votre Église met un frein très salutaire aux écarts de la raison humaine, qui ne trouve 1 ni fond ni rive, f{uand elle veut sonder l'abîme des choses ^ ».

Nous retrouverons Seguier de Saint-Brisson : il est une des âmes de jeunes gens où se manifeste le plus heureusement l'inlluence religieuse de Rousseau. Je n'ai voulu lui demander ici que de nous aider à mieux connaître la religion du Vicaire Savoj^ard. C'est ce que nous demanderons aussi à l'abbé de Carondelet; et, sans m'intéresser, pour

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